Agression antisémite à Créteil en 2014 : deux versions opposées à la barre

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Les accusés nient avoir ciblé leurs victimes en raison de leur judéité présumée. Le prévenu renvoyé pour le viol de la jeune femme nie également les faits.

Était-ce une agression "symbole de l'antisémitisme d'aujourd'hui", ou un simple cambriolage qui a mal tourné ? Le procès des agresseurs présumés d'un jeune homme juif et de sa compagne dans un appartement de Créteil en 2014 s'ouvre mardi devant les assises du Val-de-Marne. Ce sont donc deux versions qui vont s'affronter.

Oui pour le cambriolage, non pour l'agression. Durant toute l'enquête, les accusés ont contesté les faits les plus graves. Ils assument le vol de quelques bijoux, de matériel informatique et de 400 euros retirés en vitesse après l'extorsion d'une carte bancaire. Mais ils réfutent fermement les violences contre Laurine, 19 ans, et Jonathan, 21 ans, ainsi que la connotation antisémite de leurs gestes.

Attouchements et antisémitisme. Pourtant, le récit du jeune couple est sans détour. Aux enquêteurs, ils ont décrit ces dizaines de minutes, bâillonnés et séquestrés par trois hommes encagoulés et armés, dans l'appartement des parents de Jonathan. Laurine, elle, raconte ensuite avoir été retenue seule dans une chambre, et avoir subi des attouchements et une pénétration digitale. Toujours selon le récit des deux jeunes victimes, les agresseurs ont aussi exigé de savoir où se trouvait l'argent liquide, "parce que les juifs en ont forcément chez eux", avant de s'en prendre à des décorations religieuses.

Une première victime juive. L'enquête a révélé que plusieurs suspects, trois semaines auparavant, avaient fait une première victime. L'homme est septuagénaire, et également de confession juive. Dans un premier temps, le juge d'instruction a considéré que l'appartenance religieuse n'entrait pas en ligne de compte. Depuis, les choses ont changé. Pour la défense, ce revirement judiciaire est le signe que le dossier est instrumentalisé politiquement. 

Une affaire très médiatisée. À l'époque des faits, l'agression avait provoqué une vive émotion dans le pays et la communauté juive, et avait été dénoncée par le président François Hollande comme symbole du "pire" et du "mal" qui traversent la société française. Il ne s'agit pas d'un "simple fait divers", avait déclaré le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, dans un discours à Créteil, quelques jours après les faits. "Derrière ce crime, il y a un mal qui ronge la République et que nous devons combattre à tout prix", avait-il dit, annonçant que le gouvernement ferait de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme une "cause nationale". 

Seuls deux agresseurs sur trois sont jugés. Le troisième est toujours en fuite et fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Le verdict est attendu le 6 juillet.