Affaire Vincent Lambert : "jamais il ne redeviendra normal"

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EUTHANASIE - Jean Mercier a connu le drame de l’euthanasie. En 2011, cet octogénaire a aidé sa femme à mourir. 

"Laisser partir" Vincent Lambert ou le maintenir artificiellement en vie : la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) devra dans les deux prochains mois se prononcer sur cette délicate affaire. L'examen du sort de ce tétraplégique en état végétatif est d’autant plus compliqué qu’il est devenu l'objet d'une tragédie familiale aux enjeux éthiques complexes. Ce drame de l’euthanasie, Jean Mercier l’a connu. Le 10 novembre 2011, cet octogénaire a décidé d’aider sa femme à mourir. Il sera bientôt jugé pour non-assistance à personne en danger.

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Ne pas finir "comme un légume". "Ma femme était malade depuis de très nombreuses années. On avait toujours décidé, depuis très longtemps, une dizaine d'années, que jamais on ne finirait comme un légume, que si l'un n'en pouvait plus il demanderait à l'autre un coup de main pour l'aider à en finir", raconte Jean Mercier, mercredi matin sur Europe 1. "Ma femme a reculé ce moment le plus longtemps possible et puis un matin, elle m'a demandé d'en finir".

Cet octogénaire explique comment il a euthanasié son épouse. "Elle ne l'a pas demandé directement : elle m'a dit "apporte-moi les médicaments", j'ai fait semblant de ne pas trop comprendre. Je savais qu'elle en prendrait plus : j'étais à côté d'elle, j'ai compris".

"Un geste banal" ? "C'est l'horreur, d'autant qu'on en parlait souvent pour banaliser ce geste", témoigne Jean Mercier. "On avait fini par croire ce que ce serait un geste banal : non, c'est un geste très difficile, je ne savais plus où j'étais pendant une semaine, et même des mois après". Et de renchérir : "je n'ai pas regretté. J'ai culpabilisé pendant six mois mais pas regretté : si je ne l'avais pas fait, elle me l'aurait reproché au plus profond d'elle. Ça aurait été très difficile pour elle et moi".

Bientôt jugé pour non-assistance à personne en danger. Pour avoir mis fin aux jours de son épouse en 2011, Jean Mercier sera bientôt jugé pour non-assistance à personne en danger… et il le comprend presque. "Vu l'état actuel de la législation, ils ne peuvent pas faire autrement", explique-t-il. 

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© Les parents de Vincent Lambert refusent l'arrêt des soins. (AFP)

Et l’affaire Vincent Lambert ? Interrogé sur le déchirement au sein de la famille Lambert, Jean Mercier s’autorise un jugement. "Je me demande si certains n'aiment pas leurs enfants plus pour eux que pour leurs enfants", s’interroge-t-il. "Ce sont certainement de très braves gens, ils ne veulent pas voir leur enfant dans cet état, jamais il ne redeviendra normal. Je ne peux pas dire que c'est honteux, ces gens sont de bonne foi, mais c'est affreux". Et de conclure : "c'est une déviation de l'amour paternel et maternel". 

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