Affaire Grégory : la parole de Murielle Bolle confrontée à celle de son cousin vendredi

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Affaire Grégory : la parole de Murielle Bolle confrontée à celle de son cousin vendredi
Murielle Bolle, témoin clé de l'affaire Grégory, et un cousin, dont le témoignage a été déterminant dans sa récente incarcération, sont arrivés vendredi en début d'après-midi à la cour d'appel de Dijon.@ ERIC FEFERBERG / AFP
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Murielle Bolle et un cousin, dont le témoignage a été déterminant dans sa récente incarcération, sont arrivés vendredi en début d'après-midi à la cour d'appel de Dijon, où a commencé leur confrontation.

Tout oppose leurs versions de cette fameuse soirée : avec la confrontation vendredi de Murielle Bolle et d'un cousin, dont le témoignage a été déterminant dans son incarcération fin juin, la justice se penche une nouvelle fois sur cette fin de journée du 5 novembre 1984, un tournant de l'affaire Grégory

Tous les deux sont arrivés vendredi en début d'après-midi à la cour d'appel de Dijon, sous la protection des forces de l'ordre, dans deux véhicules aux vitres teintées, a constaté un journaliste de l'AFP.  Ils se sont entretenus avec leurs avocats avant de se retrouver devant la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon.

Deux versions d'une même histoire. Celle qui avait 15 ans à l'époque a-t-elle subi des violences familiales ce soir-là, entraînant la rétractation de son témoignage incriminant son beau-frère Bernard Laroche ? C'est ce qu'affirme ce parent, qui a récemment témoigné pour la première fois, et que conteste Murielle Bolle.

Un témoignage déterminant de Murielle Bolle. À l'époque, ses premières déclarations n'avaient pas convaincu et l'adolescente avait fini par dire aux gendarmes qu'elle était dans la voiture de son beau-frère, passé prendre Grégory le 16 octobre 1984, jour de sa mort, avant de le déposer, pensait-elle, chez des amis des parents de l'enfant. 

Le 5 novembre, Murielle Bolle avait répété ces déclarations devant le juge d'instruction, qui décidait en conséquence d'inculper et écrouer Laroche. Mais le lendemain, après une nuit en famille, la jeune fille était revenue avec sa mère pour se rétracter, disant avoir parlé sous la contrainte des gendarmes. 

Un lynchage de l'adolescente. Le cousin de Murielle Bolle affirme qu'il était présent lors de cette fameuse soirée. Il décrit aux gendarmes "une scène insoutenable", un "lynchage" de la jeune fille qui "a pris énormément de gifles par les membres de sa famille", selon des extraits de procès-verbaux d'audition publiés par Le Monde. Si les enquêteurs considéraient déjà comme "établi" que Murielle Bolle avait été "malmenée" par sa famille, le cousin ajoute avoir reçu ce soir-là ses confidences : elle lui aurait avoué avoir bel et bien assisté à l'enlèvement.

Murielle Bolle maintient sa version des faits. Murielle Bolle, qui a aujourd'hui 48 ans, a été mise en examen fin juin pour enlèvement suivi de mort et placée en détention provisoire. Mais elle a maintenu jusqu'ici sa version des faits : elle n'était pas dans la voiture de Laroche et n'a subi aucune violence de la part de sa famille.

Le témoin, décrit comme ayant une santé fragile, dit avoir décidé de parler après l'arrestation de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, mi-juin. Soupçonnés d'être les fameux "corbeaux" de l'affaire, ils sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort.

Un avocat pouvait-il être sur place ce soir-là ? Vendredi, dans le bureau de la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon, Claire Barbier, ce cousin, décrit comme ayant une santé fragile, va devoir répondre aux avocats de Murielle Bolle. Ces derniers affirment avoir des "arguments solides pour faire vaciller" sa déposition.

L'une des questions sera notamment la présence sur les lieux d'un avocat, Paul Prompt, aujourd'hui décédé. Le parent de Murielle Bolle jure l'avoir vu ce soir-là. Les avocats de sa cousine affirment pouvoir démontrer qu'il ne pouvait être présent. Me Jean-Christophe Tymoczko, l'avocat du cousin, reconnaît que ce point "sera âprement discuté" et que c'est "le talon d'Achille" de la déposition de son client, qui compte cependant rappeler à Murielle Bolle "certains points indiscutables".

Discréditer le cousin pour mettre Murielle Bolle hors de cause. Dans son arrêt de 1993 innocentant Christine Villemin, la mère de Grégory, la cour d'appel de Dijon avait écarté toute "intention criminelle" de Murielle Bolle quand bien même elle aurait "facilité" l'enlèvement en accompagnant son beau-frère, estimant "impossible" de l'inculper en l'état". En discréditant le témoignage de son cousin, les avocats de Murielle Bolle veulent faire un pas vers sa mise hors de cause, avant de plaider sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, le 4 août, devant la chambre de l'instruction de Dijon.