Affaire Grégory : "Je ne pense pas que le meurtrier soit vivant"

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Trente après, l'enquête sur le meurtre de Grégory est relancée avec les trois interpellations survenues mercredi. Le chef d'enquête de l'époque n'est "pas étonné" que certaines personnes soient réentendues dans l'affaire.

Pas moins de quatorze enquêteurs ont été mobilisés ces derniers jours pour préparer les nouvelles gardes à vue dans l'affaire Grégory. Trois membres de la famille de Jean-Marie Villemin, père de Grégory, dont le meurtre reste non élucidé depuis 1984, ont été interpellés mercredi et placés en garde à vue à Dijon. Les grands-parents, quant à eux, ont été entendus libres en raison de leur état de santé.

"On savait que des gens ne disaient pas toute la vérité." Etienne Sesmat, chef d'enquête à l'époque des faits, n'est pas étonné de voir l'affaire revenir sur le devant de la scène médiatique : "Dès le début dans cette affaire, on savait qu’il y avait des gens qui ne disaient pas toute la vérité, ou par omission ou volontairement en dénaturant les faits. Donc je ne suis pas étonné qu’aujourd’hui on s’intéresse à certaines personnes et qu’on les réentende pour qu’enfin peut-être elles nous disent tout ce qu’elles savent sur les faits et qu’elles n’ont pas dit au moment de l’enquête."

"Un contexte de tensions familiales très lourd." Toutes les personnes interpellées mercredi font partie de la famille de Grégory Villemin. "Il y a un contexte de tensions familiales qui est très, très lourd. On sent qu’il y a des blocages, des non-dits, des secrets qui sont difficiles à percer. Les gens ont eu peur de parler aussi parce qu’il y a un écho médiatique qui est phénoménal", confie Etienne Sesmat.

Interpellations prévues depuis deux mois. Cette vague d'interpellation était prévue depuis déjà deux mois, sans que personne n'en entende parler. Tout a été fait pour préserver la discrétion dans cette affaire, jusqu'au nom de la cellule d'enquête, "Recherche 21". Pas franchement évocateur... Ces dernières années, deux à trois enquêteurs, au minimum, ont travaillé à temps plein sur le dossier. Ils ont été complétés, en région parisienne, par des analystes criminels à la mission titanesque de rentrer les 12.000 pièces de procédure dans un logiciel, "anacrim". Plus de six mois ont été nécessaires aux trois personnes en charge de ce travail pour y parvenir.

L'informatique appelée à l'aide. Puisque les principales exploitations scientifiques s'étaient révélées infructueuses - l'ADN sur les cordelettes, les enregistrements téléphoniques du Corbeau à la qualité médiocre - les gendarmes ont soumis la procédure aux ordinateurs pour faire apparaître les contradictions du dossier, faire des rapprochements, détecter les failles dans les versions et les emplois du temps des uns et des autres. Il se sont également repenchés sur les analyses graphologiques.

"Confiant sur l'issue des investigations." L'avocat des parents de Grégory estime qu'il pourrait s'agir d'une avancée décisive dans l'enquête. "Personnellement je suis très confiant sur l’issue des investigations. Je pense que la justice a maintenant engrangé des éléments précis, nombreux, significatifs, concordants, qui pourraient permettre de faire encore un pas vers l’élucidation de ce crime. Je crois que nous avançons bien, enfin, dans ce triste dossier", a expliqué Maître Thierry Moser.

"Approcher cette vérité avec un grand V." "Je ne pense pas que le meurtrier soit vivant. Et le problème de l’affaire Grégory est là. On a un suspect qui est décédé et on a du mal à avancer sur sa voie. Il faut qu’on arrive enfin à approcher cette vérité avec un grand V qui nous fait tant défaut dans cette affaire", complète Etienne Sesmat. C'est désormais aux enquêteurs et à la justice d'apporter les réponses à ces interrogations, qui restent en suspens depuis plus de 30 ans.