Affaire Grégory : "j'ai décidé de me donner la mort", a révélé le juge Lambert dans une lettre

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Affaire Grégory : "j'ai décidé de me donner la mort", a révélé le juge Lambert dans une lettre
L'ex-jueg s'est donné la mort le 11 juillet à son domicile au Mans, selon sa lettre-testament.@ AFP
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Jean-Michel Lambert, premier juge en charge de l'affaire Grégory et retrouvé mort le 11 juillet, a expliqué dans une lettre-testament les raisons de son suicide.

Jean-Michel Lambert s'est bien suicidé en raison de l'affaire Grégory. L'ancien magistrat âgé de 65 ans, en charge de l'affaire de 1984 à 1987, a été retrouvé mort, un sac plastique autour de la tête, à son domicile le 11 juillet au Mans. Si les enquêteurs affirment n'avoir retrouvé aucun écrit qui puisse expliquer son geste, Jean-Michel Lambert a pourtant pris le soin d'envoyer quatre lettres. 

L'une d'elle est adressée à un journaliste de L'Est Républicain, Christophe Gobin, qui a couvert l'affaire et avec qui l'ex-juge avait noué une relation "amicale" depuis 2004, révèle le quotidien régional mercredi.

Un "énième 'rebondissement' infâme"

Dans cette missive, datée du jour de sa mort, Jean-Michel Lambert confie qu'il s'est bien suicidé à cause de l'affaire Grégory. "J’ai décidé de me donner la mort car je sais que je n’aurai plus la force désormais de me battre dans la dernière épreuve qui m’attendrait. Ce énième 'rebondissement' est infâme. La machine à broyer s’est mise en marche pour détruire ou abîmer la vie de plusieurs innocents", écrit l'ancien juge, en écho aux récentes mises en examen du couple Jacob et de Murielle Bolle.

Celui qu'on surnommait "le petit juge" réaffirme dans cette lettre manuscrite de trois pages sur son intime conviction : "Je proclame une dernière fois que Bernard Laroche est innocent." Jean-Michel Lambert a en effet fait figure de responsable dans ce fiasco judiciaire qu'est l'affaire Grégory : en 1985, il libère Bernard Laroche, premier suspect de l'affaire, qui sera assassiné par le père de Grégory Villemin quelques semaines plus tard. Critiqué pour sa gestion du dossier et son goût prononcé pour les médias, Jean-Michel Lambert sera finalement dessaisi de l'enquête en 1987.

"J'ai la conscience tranquille"

Le magistrat refuse pourtant de faire figure de "bouc émissaire", affirme-t-il encore dans sa lettre-testament : "Pour ne pas perdre la face, on cherchera alors un bouc émissaire. Autant dire qu’il est tout trouvé… Je refuse de jouer ce rôle. Si j’ai parfois failli, j’ai cependant la conscience parfaitement tranquille quant aux décisions que j’ai été amené à prendre." 

Et "le petit juge" de conclure, sinon d'expliquer son geste : "Je préfère sonner la fin de partie pour moi. L’âge étant là, je n’ai plus la force de me battre. J’ai accompli mon Destin." Les trois autres lettres rédigées par Jean-Michel Lambert sont adressées, selon L'Est Républicain, à sa fille, sa femme, et son éditeur. Les obsèques du "petit juge" sont prévues jeudi au Mans.