Affaire Grégory : des imprécisions dans le discours du cousin de Murielle Bolle lors de leur confrontation

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Affaire Grégory : des imprécisions dans le discours du cousin de Murielle Bolle lors de leur confrontation
Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, avait accusé son beau-frère avant de se rétracter le lendemain.@ JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP
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Le cousin de Murielle Bolle assure que celle-ci a été "lynchée" par sa famille le soir du 5 novembre 1984. Mais, lors de leur confrontation, son témoignage a révélé des imprécisions.

Patrick F. aurait livré un témoignage bancal. Le cousin de Murielle Bolle, mise en examen fin juin dans l'affaire Grégory pour enlèvement suivi de mort, a été confronté à sa cousine pendant plus de trois heures le 28 juillet dans les locaux de la cour d'appel de Dijon. Le quotidien Le Monde révèle des extraits de cette confrontation jeudi. 

Considéré comme une pierre angulaire de l'accusation, Patrick F. assure avoir assisté au soir du 5 novembre 1984 au "lynchage" de Murielle Bolle par sa famille. La jeune fille, alors âgée de 15 ans, avait déclaré quelques heures plus tôt que son beau-frère Bernard Laroche était responsable de la mort de Grégory Villemin, conduisant à son arrestation. Elle se rétractait finalement le lendemain, le 6 novembre. Sauf que Murielle Bolle nie depuis 33 ans avoir fait l'objet de pressions familiales et affirme que ce sont les gendarmes qui l'ont poussé aux aveux.

Imprécision autour de la date du "lynchage". Lors de la confrontation, Patrick F. a livré des éléments confus. Alors que la juge lui demande s'il se rappelle quand il était présent au domicile de la famille Bolle, Patrick F. répond : "Je me rappelle quand je suis monté avec ma mère au mois de novembre 1984, en fin de journée (…) Murielle était en train de se faire interviewer par plusieurs journalistes, c’était sur le petit chemin près de chez elle. Elle était devant le grillage, mais je ne me souviens pas du jour, c’était le 5 ou le 6." Cette hésitation autour de la date porte un coup dur à l'accusation, car si le cousin a assisté à une scène de "lynchage" au soir du 6 novembre 1984, celle-ci arrive au lendemain des rétractations de Murielle Bolle.

"Soit c’est le 5, soit c’est le 6. On ne peut pas faire l’impasse sur la datation. Les aveux de Murielle ont lieu le 5, et sa rétractation le 6. Si le cousin ne peut pas établir qu’il était là le 5 novembre, les événements qu’il relate n’existent plus", a défendu Me Christophe Ballorin, l'un des avocats de Murielle Bolle. Mais Patrick F. l'assure, plaidant la bonne foi : "C'était avant qu'elle ne se rétracte." Il se peut toutefois que Patrick F. mélange plusieurs scènes, les épisodes de violences n'étaient pas rares dans la famille Bolle, rappelle Le Monde

"Elle s'est fait frapper". Patrick F. avait par ailleurs affirmé que l'avocat de Bernard Laroche, Me Paul Prompt, était présent le soir du lynchage et qu'il avait organisé la rétraction de Murielle Bolle. Or, plusieurs éléments donnés dans la presse et présents dans le dossier judiciaire montrent que l'avocat ne pouvait pas être dans les Vosges ce soir-là. Lors de la confrontation, Patrick F. a confirmé sa version, tout en restant imprécis : "Il est possible que je me sois trompé de date quant à la présence de Me Prompt et sur la date de cet événement. Ce dont je suis certain, c’est que, quand on est arrivé, ma mère et moi, il faisait encore jour (…) J’ai participé à repousser les journalistes pendant que la famille montait et elle s’est fait frapper, surtout par sa sœur Marie-Ange (…) Après, l’avocat est monté (…) Ils se sont parlés pendant un grand moment, après ils sont ressortis, Murielle avait le sourire. Son père lui en a encore collé une", a raconté Patrick F., assurant ne pas être "assez fou pour inventer une telle connerie". 

Murielle Bolle colle à sa version. De son côté, Murielle Bolle a collé à la version qu'elle défend depuis toujours : elle admet avoir été un peu secouée par sa sœur le 5 novembre mais nie avoir été frappée par ses parents, et assure que ce n'est que le lendemain qu'elle a décidé de se rétracter. "La seule chose que je sais, c’est que Marie-Ange, quand elle est rentrée le 5 au soir, m’a prise par les épaules et m’a demandé : 'Mais qu’est-ce que tu as dit, qu’est-ce que tu as dit ?' Ce jour-là, je n’ai parlé à personne", a affirmé Murielle Bolle, des propos qui corroborent ceux rapportés par d'autres témoins. 

Murielle Bolle a poursuivi le récit de cette soirée du 5 novembre 1984 : elle est allée dormir chez sa sœur Marie-Thérèse. Le lendemain matin, en apprenant l'arrestation de son beau-frère Bernard Laroche dans la presse, elle sort des gongs et dit à sa sœur : "Ce sont les gendarmes qui m'ont obligée à dire ça." Murielle Bolle décide alors, toujours selon son témoignage, de voir le juge en charge du dossier dans la journée, pour se rétracter. En l'absence d’éléments qui viennent accréditer le témoignage de Patrick F., cette confrontation n'a donc pas permis aux enquêteurs de lever les zones d'ombres qui persistent dans cette affaire.