Accès aux bibliothèques : une France à deux vitesses

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Accès aux bibliothèques : une France à deux vitesses
@ FREDERICK FLORIN / AFP
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D'énormes disparités subsistent en France dans l'accès à la lecture publique. Où est-on le moins bien loti ? 

Plus de la moitié des communes ne dispose d'aucune bibliothèque. "À tous les échelons, national, régional, départemental, intercommunal ou communal, des inégalités très marquées doivent être relevées", dénonce ainsi un rapport de l'Inspection générale des Bibliothèques, relayé la semaine dernière par l'Association des Bibliothécaires de France (ABF) dans un communiqué. Ce document, rendu dans une relative discrétion en décembre dernier à la ministre de la Culture, pointe du doigt une France à deux vitesses en termes d'accès à la lecture publique.

D'énormes disparités en province. Il existe, en France, 16.300 "lieux de lecture publique". Mais ils sont loin de couvrir toute la population française : 11 millions de personnes, soit 17% de la population française, n'ont pas accès à une bibliothèque dans leur commune ou via un réseau de transports efficace. 55 % des communes ne disposent tout simplement pas de bibliothèques. Et 9.200 de ces 16.300 lieux de lecture ne sont que de simples "points d'accès aux livres", avec une offre minimale, tant en termes d'ouvrages que d'horaires d'ouverture ou de services.

Ce rapport met surtout en lumière d'énormes disparités en province. Ainsi, dans l'Aisne, 42% de la population n'a pas accès à une bibliothèque, soit 85% des communes. A contrario, dans l'Indre, seule 6,84% de la population est privée d'accès public aux livres.

 >> La carte ci-dessous permet de mesurer l'inégalité d'accès aux bibliothèques. Passez la souris sur les départements pour connaître le pourcentage de population qui n'a pas accès à la lecture publique. Les plus rouges représentent ceux qui y ont le moins accès. Les départements en gris signifient qu'il n'y a pas de données connues :

En Île-de-France : des écarts petite/grande couronne. Concernant Paris, le document salue la "stratégie" des années 2000, qui s'est soldée par l'ouverture de plusieurs équipements dernier cris : la Médiathèque Marguerite-Yourcenar (3.500 m2 dans le 15e, créée en 2008), la Médiathèque Marguerite-Duras (4.270 m2 dans le 20e, 2010) ou encore la Médiathèque Françoise-Sagan (3.500 m2 sur le site de l'ancien Hôpital Saint-Lazare dans le 10e, 2015) sont citées en exemple.

La petite couronne est, elle aussi, bien dotée, même si cinq des 123 communes résistent encore et toujours à l'accès à la lecture gratuite : Marnes-la-Coquette, Vaucresson (Hauts-de-Seine), Gournay-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), Périgny-sur-Yerres et Santeny (Val-de-Marne). Concernant la grande couronne, les disparités sont presque aussi creusées qu'en province : si seulement 4% de la population des Yvelines est privée de bibliothèque, cela monte à 20% pour la Seine-et-Marne (cf; carte ci-dessus).

Les petites villes moins desservies. Ce n'est pas une surprise, plus une commune est petite, plus elle a de risques de ne pas avoir de bibliothèques. Ainsi, 62,5% des communes de moins de 2.000 habitants vivent sans point de lecture publique facilement accessible, tout comme 15% des villes avec entre 2.000 et 4.900 âmes, et 12% des villes d'entre 5.000 et 19.000 habitants.

Dans les villes de 100.000 habitants et plus, en revanche, vous êtes certain de pouvoir facilement aller emprunter un livre. Mais pas sûr que vous trouviez la place de vous assoir : dans de telles villes, comptez 5 m2 pour 100 habitants, contre 6,4m2 pour 100 habitants dans la moyenne de l'ensemble des bibliothèques.

Et maintenant, que faire ? L'Inspection générale des bibliothèques (l'IGB) reconnaît tout de même que des efforts ont été faits : 2,7 millions de mètres carrés de surface de bibliothèques municipales ont été construits ou rénovés  entre 1986 et 2014. Mais elle appelle l'Etat, les départements et les communes à poursuivre leurs efforts. Les besoins pour combler ces "déserts littéraires", selon le rapport (qui n'en estime pas le coût), se chiffrent à 783.000 m2 de construction, et environ 220.000 m2 en rénovation. Et l'IGB n'hésite pas, pour appuyer son propos, à citer le préambule de la Constitution de 46, alinéa 13 : "la Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture".


Que prévoit le gouvernement ? Si l'Association des bibliothécaires de France (ABF) a décidé de faire connaître ce rapport de décembre, c'est pour rappeler le gouvernement à ses promesses et lui mettre un petit coup de pression. En novembre dernier, la ministre de la Culture d'alors, Fleur Pellerin, promettait "d’identifier les territoires où les bibliothèques manquent aujourd’hui", afin de permettre à chacun de trouver un établissement "à 20 minutes de chez lui" maximum. Elle y annonçait le maintien de la Dotation Générale de Décentralisation (DGD), une aide de l’État versée aux collectivités ou encore l'organisation d’une "Nuit des Bibliothèques" pour faire la publicité des établissements déjà existants. Mais rien concernant d'éventuels travaux de grande ampleur. La nouvelle ministre, Audrey Azoulay, en fonction depuis le 11 février dernier, ne s'est toujours pas engagée sur le sujet.