À Saint-Martin, les sinistrés se sentent délaissés par les assurances

Saint Martin 1280
© Lionel CHAMOISEAU / AFP
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Mathieu Bock, envoyé spécial à Saint-Martin, édité par R.Da. , modifié à
Les habitants les plus démunis peuvent compter sur certains bénévoles en attendant de voir l'argent nécessaire aux reconstructions débloqué.
REPORTAGE

Six mois se sont écoulés depuis le passage dévastateur d'Irma à Saint-Martin. Mais des toitures sont encore recouvertes de bâches et des déchets s'entassent sur les bords des routes. Après les premiers travaux d'urgence, l'heure est toujours à la reconstruction. Des dizaines d'habitants vivent en effet toujours sous des tentes car les assurances accusent de sérieux retards de paiement. Et les sinistrés se sentent oubliés.

Sylvie a failli quitter l'île après le passage d'Irma mais a finalement choisi de rester pour sauver l'appartement qu'elle venait d'acheter. Et pourtant, comme beaucoup de sinistrés, cette Guadeloupéenne n'a touché qu'une infime partie de l'indemnisation. Car même si les sommes débloquées sont conséquentes, avec près de 540 millions d’euros, nombre d'habitants attendent encore de percevoir les sommes nécessaires à la reconstruction de leur habitation. "Si on n'est pas assis chez eux tous les matins à taper du poing sur la table, c'est difficile", explique Sylvie à Europe 1. "Il faut un peu gueuler pour se faire entendre, comprendre et surtout indemniser".

Des estimations complexes. Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilité de la Fédération française des Assurances, reconnait que les délais sont longs, mais les dossiers sont particulièrement complexes, plaide-t-il. "On a une cinquantaine d'hôtels sur lesquels le coût moyen va être de l'ordre de trois à quatre millions d'euros. Toutes les maisons ont un coût moyen [de travaux, ndlr] de 60.000 euros à Saint-Martin", énumère-t-il. "Ça n'est pas seulement de voir s'il y a quelques mobiliers endommagés ou une cave inondée, ce sont véritablement des études qui doivent décider si on détruit pour reconstruire ou si on rénove. Ce sont des choses plus longues". On estime que sur les 25.000 déclarations, les trois-quarts ont été remboursées en totalité ou en partie.

 

Des sinistrés qui ne peuvent pas avancer les sommes. Pour faire face aux urgences, certains sinistrés peuvent toutefois compter sur l'aide des bénévoles, c'est le cas notamment des Compagnons bâtisseurs, dont le but est d'aider les plus pauvres à se protéger de la pluie et du vent. "Il y a des gens qui peuvent payer des entreprises pour réhabiliter et il y a tout un public vulnérable qui ne peut pas", explique un membre de l'association auprès d'Europe 1. Il travaille actuellement sur l'installation d'une toiture dans le quartier populaire d’Orléans, à l'est de l'île, un chantier dont il estime le coût à "pratiquement 10.000 euros".

Une course contre la montre avant la saison des cyclones. "La Fondation de France nous finance, mais a-t-elle la capacité de financer toutes les habitations sur l'île ? Je ne pense pas", relève-t-il. Sans eux Maria, née du côté néerlandais de l'île mais installée côté français, n'aurait jamais eu les moyens de réparer sa maison avant la saison des cyclones. "Je pense que j'aurais dû le faire par étape, pièce par pièce jusqu'à ce que je finisse. […] je suis vraiment reconnaissante pour ce qu'ils ont fait". Une vingtaine de chantiers devraient être lancés dans les semaines qui viennent. À terme, l'association espère pourvoir réhabiliter plus de 400 maisons dans toute l'île.