A quoi pourrait ressembler l’école de demain ?

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A quoi pourrait ressembler l’école de demain ?
@ MAXPPP
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NUMÉRIQUE - La question fait l’objet d’un atelier et de plusieurs débats lors du festival Futur en Seine, du 12 au 22 juin à Paris. 

“La classe de Jules Ferry a eu son modèle avec le tableau noir et l’estrade, mais quel sera celui de la classe numérique ?“, s’interroge Jean-Louis Fréchin, designer et commissaire de Futur en Seine. Cette épineuse question est l’un des thèmes centraux du festival consacré au numérique, du 12 au 22 juin à Paris.

De nouvelles salles de classe. Une question sur laquelle se sont penchés des étudiants de l’ENSCI, l’école nationale supérieure de création industrielle à l’occasion du festival. Deux projets seront présentés grandeur nature lors d’un atelier consacré à l’éducation le 13 juin

“Nous sommes partis du constat que l’enseignement avait évolué, que l’espace devait donc devenir plus modulable et donner plus d’intimité à l’élève”, explique Antoine Lecharny, dont le projet, élaboré avec Hugo Poirier, a été sélectionné pour être exposé lors du festival. Son projet s’appuie sur le matériel existant pour favoriser de nouveaux usages. “Nous avons par exemple fabriqué des parois d’angle fixables sur les tables pour permettre à l’élève de se cacher légèrement des regards. Il s’agit de petites interventions sur le mobilier scolaire”, précise Antoine Lecharny. 

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© Hugo Poirier et Antoine Lecharny

Une classe interactive. Même objectif de flexibilité pour Tobias Nickerl et Lucile Brugière, à l’origine du deuxième projet sélectionné. “Nous avons travaillé les murs et les sols pour que toute la classe devienne un support de projection interactif”, poursuit Lucile Brugière. “Le projecteur est équipé de capteurs : la navigation fonctionnera à la manière d’un smartphone ou d’une tablette. Au lieu d’avoir une souris, on cliquera avec ses doigts sur l’espace de projection pour naviguer”, souligne la jeune fille. 

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© Lucile Brugière et Tobias Nickerl

Deux projets qui rompent avec le modèle de la classe unique. Ce qui questionne la standardisation des écoles, estime Serge Pouts-Lajus, directeur de l’organisme de conseil Éducation et Territoires. “A l’avenir, je pense que les écoles ne se ressembleront pas toutes. Le modèle actuel, c’est à dire une salle de classe identique partout, avec son tableau noir et son pupitre, est de plus en plus remis en cause” explique Serge Pouts-Lajus.

L'enseignement du langage informatique. Si l’aménagement des classes au numérique fait l’objet de nombreuses réflexions, un autre débat anime le milieu pédagogique : l’enseignement de la programmation. Son apprentissage, souhaité par la secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, a été déclaré grande cause nationale 2014 par certains organismes et associations

Une initiative qui laisse certains enseignants septiques. A l’image de Jean Roch Masson, professeur de CP à Dunkerke, pourtant pionnier en matière d’éducation 2.0. “Faire entrer le numérique dans les programmes ne se résume pas à l’apprentissage du code. Le numérique est d’abord un outil”, rappelle Jean Roch Maisson. Ce dernier a choisi d’intégrer le numérique à sa pédagogie, grâce aux réseaux sociaux. Sa classe de CP possède un compte Twitter et Facebook, sur lesquels les élèves produisent régulièrement. “Twitter leur donne envie de communiquer, et donc d’apprendre à lire et écrire : ça les motive”, souligne-t-il.



Ce professeur utilise également des ressources pédagogiques en ligne. Exemple avec Calcul@tice, fondée par l’académie de Lille pour l’apprentissage du calcul. “C’est avant tout ludique, ça ressemble à un petit jeu vidéo. Lorsqu’on réussit, on change de niveau, ce qui permet d’individualiser la pédagogie. C’est un peu l’éducation à la Candy Crush”, s’amuse Jean Roche Masson. 
 

Une école à deux vitesses ? Mais si Jean Roch Masson est pionnier en matière d’école connectée, ce dernier craint que l’arrivée du code dans les manuels ne crée une “école à deux vitesses” : “certaines écoles sont très mal équipées, et certains professeurs n’ont pas de culture numérique”, souligne-t-il. Le but ne doit pas être d’apprendre à programmer, mais de comprendre le numérique”.

Pour l’instant, l’apprentissage et l’initiation à la programmation se réalisent surtout en extrascolaire. A Montreuil (Seine-Saint-Denis), un atelier ludique d’initiation au code s’est développé, encadré par l’école Simplon.co. “C’est un moment d’apprentissage très ludique et créatif : les enfants ne jouent pas aux jeux vidéo, mais apprennent à en fabriquer un”, explique Frédéric Bardeau, cofondateur de l’école Simplon.co. 

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© @Simplon.co

Un enjeu pragmatique. Un atelier citoyen, “pour ne pas être passif face aux machines” mais aussi pragmatique, souligne Frédéric Bardeau. Co-auteur du livre “Lire, écrire, compter, coder”, ce dernier rappelle qu’ “il manque chaque année 50.000 emplois liés au numérique en France. L’autre enjeu est de sensibiliser à la formation de métiers en tension, avec de nombreuses opportunités”. Conséquence, Frédéric Bardeau plaide pour que le code fasse son entrée à l’école : “Il faut revoir l’enseignement du numérique. L’école a mieux à faire que d’apprendre à envoyer des mails, ce que les élèves savent déjà faire”. 

Futur en Seine, un festival en partenariat avec Europe1.fr, du 12 au 22 juin à Paris. 

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