1er-mai : photo du CRS brûlé, l'oeuvre d'un photojournaliste syrien réfugié en France

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1er-mai : photo du CRS brûlé, l'oeuvre d'un photojournaliste syrien réfugié en France
Le policier a été gravement brûlé au visage et aux mains@ ZAKARIA ABDELKAFI / AFP
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Zakaria Abdelkafi avait l'angle de vue parfait pour immortaliser cet instant, entre la police et les manifestants, une technique qu'il a apprise sur son premier terrain de travail : Alep.

Pour la presse internationale, cette photo est devenue le symbole des manifestations du 1er-mai en France. Elle montre un CRS en feu après avoir reçu un cocktail Molotov. Ce cliché, c'est Zakaria Abdelkafi qui l'a pris, un réfugié syrien qui a couvert le quotidien d'Alep.

Une image symbolique. L'image est saisissante. On y voit un homme dont seuls le casque, les jambes et le bouclier émergent des flammes qui le dévorent. La scène se déroule place de la Bastille, lundi après-midi. Le policier a été gravement brûlé au visage et aux mains. Cinq autres CRS ont été blessés lors de ces manifestations syndicales sur fond de campagne présidentielle tendue. Ce cliché a eu une résonance mondiale. Le Washington Post, le New York Times ou encore El Pais l'ont repris en Une de leurs quotidiens du lendemain.







La Préfecture de police de Paris s'en est même servie pour illustrer les violences subies par les policiers lors de ces manifestations.



Les "Black Bloc" à l'oeuvre. Pour immortaliser cet instant, Zakaria Abdelkafi n'était pas là par hasard. Depuis deux mois, ce photojournaliste syrien travaille pour l'Agence France Presse (AFP) et suit les actions militantes violentes dans les cortèges. Il a notamment repéré un groupe qui se fait appeler "Black Bloc" et qui regroupe plusieurs mouvances, de l'antifascisme à l'anarchisme sans avoir vraiment de revendication définie. Leur but ? Commettre des actions illégales, en formant une foule anonyme non-identifiable dans les défilés. Ils étaient une centaine lundi à s'être introduits parmi les manifestants pour en découdre avec les forces de l'ordre. 

"Cela fait deux mois que je les ai repérés dans les manifestations. J’étais au courant de leur attitude face à la police. Dès que je les repère dans une manifestation, je me rapproche le plus possible", a expliqué le photojournaliste au Monde mardi. "J'essaie toujours de me mettre entre les policiers et ces manifestants-là", une position stratégique pour avoir le meilleur angle de vue. Une technique qu'il a apprise dans les rues d'Alep où il a appris son métier de photographe de guerre.

Des rues de Paris à celles d'Alep. Originaire d'Alep, Zakaria Abdelkafi a participé et couvert le mouvement de soulèvement contre Bachar al-Assad en 2011. S'il photographiait les combats entre rebelles et soldats du régime, il s'appliquait aussi à documenter le quotidien des habitants. "Moi, je n'ai pris qu'une seule arme : mon appareil photo, pour documenter les crimes du régime de Bachar Al-Assad contre les citoyens et les civils", avait-il expliqué à L'Obs en 2016.

"Je n'ai besoin que d'un seul oeil pour travailler". Mais sa carrière syrienne s'est arrêtée en septembre 2015. Sur le terrain d'un affrontement, il se retrouve au milieu d'un échange de tirs. Une balle ricoche et lui perce l'arcade de l'oeil gauche, comme il l'a raconté à Mediapart en mars dernier. Soigné d'abord en Turquie, le photographe est venu poursuivre son traitement en France où on lui a implanté un oeil artificiel. "Je n'en ai besoin que d'un seul pour travailler", a-t-il confié au Parisien. Réfugié politique, il ne pourra plus exercer son métier en Syrie. "De toute façon, les journalistes y sont interdits. Ici, je peux faire mon travail. Là-bas, je suis une cible", a-t-il conclu.