"Plus que le corps, c'est l'esprit qui peut être perturbé par une expérience comme celle de Pesquet"

  • A
  • A
Partagez sur :

Thomas Pesquet a fait son retour sur Terre vendredi après 196 jours passés dans l'espace. Et la réadaptation à la vie terrestre n'est pas de tout repos pour lui.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Il va devoir se réhabituer petit à petit à la vie sur Terre. Thomas Pesquet s'est posé vendredi après-midi dans les steppes du Kazakhstan après plus de six mois dans l'espace. Il a atterri dans la nuit de vendredi à samedi à l'aéroport militaire de Cologne en Allemagne, là où se trouve le Centre européen des astronautes. Mais il a fallu attendre une heure après l'atterrissage pour voir apparaître Thomas Pesquet. La raison ? L'avion ne s'est pas posé sur la bonne piste d'atterrissage puis il a eu un problème de moteur et a dû être remorqué par une dépanneuse. Il a donc fallu plus de temps pour sortir l'astronaute français de cet avion que de sa capsule qui s'était posée au Kazakhstan dans l'après-midi.

Une adaptation à la gravité difficile. A sa sortie de l'avion, il a simplement salué ses collègues d'un geste de la main mais n'est pas venu parler aux journalistes et à son comité d'accueil présents sur place. Très affaibli, pris de nausée, il n'est pas en très bonne forme. L'adaptation à la gravité semble difficile pour lui a expliqué Frank De Winne, le chef des astronautes européens : "Ça peut durer quelques jours. Il y a des hauts et des bas. Ça marche avec des cycles. Les médecins ont donc décidé qu'il était mieux qu'il ne se promène pas trop loin. C'est très difficile de tenir votre équilibre. Il faut apprendre de nouveau à marcher comme un petit enfant. (...) Les pieds font très mal aussi. On a des pieds comme ceux des bébés. Au début, ce n'est quand même pas marrant."

Il devient un cobaye. Thomas Pesquet a été transféré au laboratoire du Centre des astronautes où des analyse médicales et scientifiques ont commencé. Il redevient un cobaye. Ces premiers moments après le retour sur Terre sont essentiels pour comprendre comment le corps se réadapte à la gravité et Thomas Pesquet restera là-bas pendant un peu plus de trois semaines.

Risque du "blues de l'astronaute". Au-delà du physique, il a y aussi l'aspect psychologique à négocier après 196 jours passés dans l'espace. Le risque du "blues de l'astronaute" est à prendre en compte. "Finalement, plus que le corps, c'est l'esprit qui peut être perturbé par une expérience comme celle-là, estime Jean-Pierre Haigneré, l'un des prédécesseurs français de Thomas Pesquet dans l'espace. Il va sûrement, à un certain moment, se sentir un peu bousculé par des choses. La vanité par rapport à l'expérience extrêmement riche et intense qu'il a vécue ne va pas lui échapper."

Des débriefings adaptés. Cet élément sera bien évidemment pris en compte lors des débriefings : "Ceux qui vont le débriefer sur les expériences sont parfaitement attentifs à le considérer comme le personnage qui a vécu ce qu'il a vécu et non pas comme un vulgus pecum que l'on peut bousculer ou a qui l'on peut demander des choses qui paraissent tout à fait normales sur Terre."

Retour aux banalités. "Le fait d'avoir été au sommet, d'avoir réalisé les rêves les plus fous, les plus excitants, et d'un seul coup, se retrouver à faire des choses un peu vaines, un peu banales parce qu'on en fait beaucoup dans la vie, on est bien obligé, ça peut poser des problèmes si vous n'avez pas un objectif important après celui-là", conclut Jean-Pierre Haigneré.

Une question de challenge. Jean-François Clervoy, président de Novespace et ancien spationaute de l’Agence spatiale européenne, avait également évoqué ce point précis vendredi matin sur Europe 1 : "Il va retourner à son bureau dans environ six à huit mois. Et là, il va peut-être se retrouver avec un challenge qui est beaucoup moins élevé que celui que l'on a avec le vol spatial. C'est là qu'on se demande : 'Quand est-ce que je referai quelque chose d'aussi grand ?'" La réadaptation à la vie terrestre va donc se passer également dans la tête pour Thomas Pesquet.