Mission sur Mars : le Français Cyprien Verseux est déjà prêt à repartir sans "aucune hésitation"

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Après avoir passé 365 jours dans un dôme de 11m de diamètre dans des conditions martiennes, Cyprien Verseux "rentre" sur Terre. 

"Là je me sens très très bien, je viens de retrouver le soleil, la nourriture fraîche, des gens qui ne sont pas mes coéquipiers. Je suis au bord de la piscine à Hawaï, tout va très bien." Cyprien Verseux a passé ces 365 derniers jours dans un dôme de 11 mètres de diamètre planté au milieu d'une zone volcanique d'Hawaï. Le jeune astro-biologiste de 25 ans qui rentre sur Terre après une mission toute martienne auprès de cinq autres scientifiques volontaires a livré ses premières impressions à Europe 1. Il retrouve l'air terrien et une France en plein bouleversement.

Comme s'ils y étaient. Pendant toute une année, un Français, Cyprien Verseux, un Allemand et quatre Américains se sont côtoyés 24h sur 24, ont partagé des repas faits d'aliments déshydratés et n'ont pris qu'une seule douche par semaine. Tout était fait pour les mettre dans les conditions d'une mission sur la planète Mars. Même les moyens de communication fonctionnaient à l'heure martienne. Un seul article par semaine sur son blog, Walking on Red dust, pour donner de ses nouvelles et des mails qui mettaient 20 minutes à arriver, ce qui correspond au temps de communication entre la Terre et la planète rouge.

Le dôme de 140m2 qui a accueillis les scientifiques a été planté sur l'île de Mauna Loa, la plus grande de l'archipel d'Hawaï, dans une zone volcanique désertique. Un environnement proche de celui de Mars, que les scientifiques pouvaient explorer deux fois par semaine lors de leurs seules sorties mais en combinaisons spatiale bien sûr. "C'est un environnement qui ressemble vraiment aux images de Mars envoyées par Curiosity : des roches marron-rouge à perte de vue", expliquait Cyprien au micro d'Europe 1, le 28 août 2015, date du départ de la mission.

Dôme à Hawaï, mission mars, Cyprien Verseux Crédit : NEIL SCHEIBELHUT / UNIVERSITY OF HAWAII AT MANOA / AFP

Le dôme de 140 m2 posé dans une zone volcanique d'une île d'Hawaï


Une mission scientifique. L'objectif principal était de savoir si "des scientifiques peuvent continuer à être performants et sains d'esprit dans un espace confiné, isolé", expliquait Cyprien, mais chaque scientifique avait aussi une mission spécifique. Pour le jeune astro-biologiste, rien de bien compliqué en apparence : faire pousser des plantes. "Le projet de système sur lequel je travaille permettrait de produire des ressources à partir des matières premières qu'on peut trouver sur Mars, de façon à ne pas avoir à envoyer toutes les ressources depuis la Terre mais seulement quelques organismes vivants afin de les multiplier sur place", explique-t-il sur le blog de son école Sup'Biotech

Un projet qu'il a développé en parallèle de son master. Après un stage fructueux à la NASA (l'Agence spatiale américaine), le jeune scientifique l'a proposé à l'agence qui l'a accepté. Mais pour pouvoir poursuivre sa formation, il a dû également s'inscrire dans une université et l'agence spatiale italienne. Cyprien Verseux poursuit donc son doctorat entre la Californie (où se trouve la NASA) et l'Italie, où il occupe une chaire de co-directeur de thèse. 

L'équipe de six volontaires pour la mission sur Mars crédit : PETE ROMA / UNIVERSITY OF HAWAII AT MANOA / AFP

L'équipe des six volontaires pour la mission sur Mars, Cyprien Verseux est le quatrième en partant de la gauche.


Touché par ce qu'il se passe sur Terre. Entre ses missions scientifiques et l'apprentissage du ukulélé, auquel il consacrait ses temps libres, Cyprien Verseux n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Mais le temps ne s'est pas arrêté dans son pays d'origine. Il a donc vécu les attentats du 13 novembre, les manifestations contre la loi Travail ou encore l'attentat de Nice à travers les mails de ses amis. Un potentiel décalage qu'il résumait en une phrase quelques heures avant sa sortie : "Je vais rentrer dans une France post-apocalyptique, genre Mad Max avec la Tour Eiffel au milieu, avec des chômeurs qui se battent contre des flics dans les rues inondées de Paris, pendant que des adolescents attrapent des Pokemon avec leurs téléphones portables".

Des conditions pas forcément faciles à supporter tous les jours. "C'est la monotonie [qui m'a le plus pesé]. Le fait d'être toujours au même endroit, avec les mêmes personnes, un paysage qui ne change pas avec le temps. Après ça, le fait de ne jamais être à l'air libre. On n'était jamais exposés au vent et au soleil", confie-t-il au micro d'Europe 1. Et libéré de ces contraintes, Cyprien a retrouvé les joies de la nourriture fraîche. "La première chose que j'ai mangée, c'était une tranche d'ananas bien fraîche. Ce soir, j'ai un barbecue avec de la viande fraîche pour la première fois."

Une expérience marquante qu'il serait prêt à renouveler "si on m'en donne l'opportunité." En septembre 2015, la NASA planifiait déjà un voyage sur la vraie Mars à l'horizon 2030. Une perspective qui enthousiasme déjà le scientifique. Si on lui proposait d'y participer, il s'y rendrait sans "aucune hésitation."