Mathématiques : le paradoxe français

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Mathématiques : le paradoxe français
Cédric Vilani, mathématicien français, médaillé Fields en 2010.@ MAXPPP
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PAS LOGIQUE - Les petits Français ne se font pas remarquer par leurs talents en maths et pourtant, notre pays a de nombreux médaillés Fields. 

Il s'appelle Artur Avila, il est franco-brésilien et il est avec trois autres mathématiciens le médaillé Fields 2014. La plus haute distinction internationale en mathématiques, sorte de Prix Nobel, a été décernée à 12 Français depuis sa création en 1936. La France, qui talonne les États-Unis (14 médailles), est de loin le pays d'Europe le plus titré, le Royaume-Uni n'ayant eu que cinq médailles et la Belgique, deux. Et pourtant, le niveau en mathématiques des élèves français baisse année après année et notre pays souffre d'une pénurie de professeurs de maths. 

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La France décline... Réalisée tous les trois ans, l'enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) menée par l'OCDE, classe certes la France dans la moyenne mais l'évolution des résultats en maths ne sont pas rassurants. En 2013, la France s'est classée 25ème mondial dans cette discipline, ce qui la situe dans la moyenne alors qu'en 2003, elle faisait partie des pays les meilleurs.

Cause ou conséquence, le désamour des élèves pour les maths s'accompagne d'une désertification des prétendants au professorat. Lors de la session 2014, sur 4.583 inscrits, seuls 2.529 se sont présentés aux épreuves. Et ils ont été seulement 793 à réussir alors qu'il y avait 1.592 postes libres. La moitié des postes seront donc occupés à défaut par des contractuels. 

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... Mais une longue tradition de recherche en mathématiques. Si la France est pourtant reconnue comme un des meilleurs pays du monde en mathématiques, c'est en partie le fruit du passé et notamment de la transmission du savoir entre les directeurs de thèse et leurs élèves. Le groupe Bourbaki par exemple, fondé en 1934, a marqué durablement le monde des maths pour sa clarification de certains concepts. Il a parmi sa descendance cinq médaillés Fields et plusieurs mathématiciens français encore en vie. Deux autres écoles françaises, celle des Gustave Choquet et de Laurent Schwartz,  nées dans les années 1930 et spécialisées toutes deux dans les équations, ont fait de nombreux petits, en France et à l'étranger.

... Qui continue à fonctionner à plein régime... Il existe aujourd'hui près de 3.000 chercheurs et enseignants-chercheurs en mathématiques sur le territoire français, principalement en Île-de-France. Un nombre élevé qui permet de renouveler le vivier par le biais des directions de thèse et qui attire des talents venus de l'étranger. Pour preuve, Artur Avila, formé au Brésil jusqu'à sa thèse et qui a poursuivi ses recherches dans notre pays. 

Mais c'est bel et bien de la France dont nos grands mathématiciens actuels sont majoritairement issus. Si on prend le profil des conférenciers français participant cette semaine au Congrès International des mathématiciens, 83% ont été formés dans l'Hexagone et 90% d'entre eux y travaillent, principalement à l'université et dans des organismes de recherche. 

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... Et qui ne coûte pas cher à la France... Contrairement aux autres disciplines scientifiques (sciences et vie de la terre, physique, chimie), la recherche en maths ne coûte pas cher car elle ne demande pas de gros investissements en matériel. Elle est supportée uniquement par l'État et ne dépend pas d'investissements extérieurs.  

Une école élitiste. Autre explication à ce paradoxe : le caractère très inégalitaire du système scolaire français. Selon la dernière enquête Pisa, l'écart se creuse entre les élèves très performants et peu performants. Les derniers résultats ont même montré qu'en maths, le nombre des Français très bons reste stable alors que celui des plus médiocres augmente. Par conséquent, si le niveau général peut baisser, une élite est préservée et peut se lancer dans la voie prestigieuse des mathématiques, via le bac Scientifique, les classes préparatoires et les grandes écoles. 

Et cette élite, toujours selon Pisa, se reproduit puisqu'il existe une forte corrélation entre milieu socio-économique et niveau scolaire. Et dès l'âge de 5 ans, dans le domaine langagier et cognitif, les inégalités s'expliqueraient à 70% par des facteurs familiaux. Un chiffre que tous les apports de l'école n'arrivent pas à réduire.

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