L'Europe s'invite sur la planète rouge avec ExoMars 2016

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L'Europe s'invite sur la planète rouge avec ExoMars 2016
La sonde TGO avec à son bord, le robot Schiapareli. Illustration de l'ESA.@ D. Ducros / EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP
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L'Agence spatiale européenne envoie lundi en direction de Mars une sonde et un robot pour en savoir un peu plus sur la possible présence de la vie sur la planète rouge.

C'est la plus grande mission spatiale européenne de l'année 2016. L'Agence spatiale européenne lance lundi ExoMars, qui devrait arriver sur la planète rouge en octobre prochain. Un programme qui marque le retour de du vieux continent dans les affaires martiennes. Avec sa sonde TGO et son robot Schiaparelli, elle compte bien en apprendre beaucoup sur Mars. Et tourner la page de sa dernière mission, Mars Express qui, en 2003, avait partiellement échoué.Alain Cirou, expert astronomie d'Europe 1 et rédacteur en chef du magazine Ciel et Espace, nous présente cette mission ambitieuse.



TGO, un grand nez dans l’atmosphère de Mars. Lundi à 10h31, sauf imprévu de dernière minute, une fusée Proton va s'arracher du pas de tir de Baïkonour, au Kazakhstan, avec à son bord la sonde Trace Gas Orbiter (TGO). Dans le ventre de cette dernière, un robot, prénommé Schiaparelli, du nom d'un célèbre astronome italien du 19e siècle.

Pour TGO, l'objectif est de se placer, le 19 octobre prochain, dans l'orbite de la planète rouge afin déployer ses instruments européens et russes dont le plus important sera "un capteur de gaz", explique Alain Cirou. TGO sera "d'abord un détecteur de méthane", ajoute-t-il. La présence de ce gaz, abondant sur Terre et qui a déjà été détecté sur la planète rouge, doit être confirmée par TGO. Si c'est le cas, deux possibilités se dessineront, selon Alain Cirou : "soit c'est un processus chimique, soit c'est un processus biologique", comme sur la Terre. TGO devra alors définir "dans quelles proportions existe ce méthane et dans quelles régions est-il plus présent", précise-t-il.

Un robot… en test seulement. Juste avant de rentrer en orbite martienne, TGO larguera un petit robot qui effectuera sa descente sous parachute avant d'atterrir en douceur, explique le Cnes sur son site. Si TGO est prévu pour rester plusieurs années autour de Mars, Schiaparelli, lui, qui n'aura pas de panneaux solaires pour s'alimenter en énergie, ne travaillera qu'une poignée d'heures à la surface de la planète rouge. Il est en effet surtout un test pour l'ESA : bardé de capteurs, Schiaparelli va mesurer tous les paramètres de sa descente et de son atterrissage.

La surface de Mars prise en photo par le robot Curiosity :

mars curiosity

HO / NASA/JPL-Caltech/MSSS / AFP


Oublier l'échec de Beagle 2. Avec Schiaparelli, l'ESA veut en fait apprendre des erreurs de la catastrophe Beagle 2. En décembre 2003, la sonde européenne Mars Express avait largué sur Mars cet atterrisseur de conception britannique, avant… de perdre totalement sa trace. Rendu inutilisable, Beagle 2 n'a été retrouvé que onze ans plus tard, en janvier 2015. Pris en photo par la sonde américaine, Mars Reconnaissance Orbiter, il apparaît en bon état mais en partie déployé seulement. Une descente sur Mars réussie "signera la réussite de la mission" puisque jusqu'à présent jamais l'Europe n'a réalisé cet exploit, résume Alain Cirou.

ExoMars 2018 en ligne de mire. Mais Schiaparelli est surtout destiné à préparer le terrain à ExoMars 2018. Autrement plus ambitieuse, cette prochaine mission enverra un robot autonome sur Mars équipé de neuf instruments. D'un poids de 310 kilos, il sera capable de creuser à deux mètres de profondeur dans le sous-sol martien. Un travail jamais réalisé jusqu'à aujourd'hui, puisque les robots présents sur Mars ne creusent qu'à une poignée de centimètres.

Quel est l'intérêt d'un tel forage ? A la surface de Mars, "les rayonnements et les oxydants détruisent la matière organique", explique le Cnes. Or, à deux mètres, la matière organique, si elle existe, est encore détectable. De là à découvrir des traces de vie… les scientifiques, prudents, ne veulent bien sûr pas brûler étapes. Et Alain Cirou de comparer la conquête martienne à la patiente montée d'une échelle. "Le premier barreau a consisté à savoir si Mars a été habitable. Désormais, il faut trouver les endroits où la vie est détectable", explique-t-il. "Dans le futur, "il faut y aller et ramener des échantillons", ajoute Alain Cirou.

Le robot d'Exomars 2018 avec sa foreuse illustré par l'ESA :

exomars 2018

capture d'écran


L'incertitude de la fusée Proton. Les incertitudes sont cependant multiples avant que la sonde n'arrive sur Mars le 19 octobre prochain. Et la première tient au lanceur Proton que l'ESA a choisi. Si elle a été l'objet de plus de 400 tirs depuis sa première version en 1965, cette fusée russe a néanmoins connu sept échecs depuis 2008. Elle "n'a pas la fiabilité d'Ariane 5", juge Alain Cirou. Après le décollage, "un élément du lanceur va être utilisé pour déposer la sonde dans la direction de Mars", une étape délicate pour le spécialiste qui se dit tout de même optimiste. Rendez-vous lundi soir aux alentours de 20h pour savoir si TGO et Schiaparelli ne sont pas envoyés sur la mauvaise route.

Découvrez les préparations du tir sur la base de Baïkonour dans une vidéo de l'ESA postée le 1er mars dernier: