Mission Rosetta : Philae a-t-il réussi son atterrissage ?

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Le robot européen Philae s'est posé correctement mercredi sur la comète Tchouri. Mais ses harpons n'ont pas été déclenchés, suscitant l'inquiétude des scientifiques. 

• LES INFOS A RETENIR

L'euphorie à l'atterrissage. La nouvelle est tombée vers 17 heures mercredi et a déclenché l'euphorie des scientifiques, comme du grand public. Après 10 ans de voyage à bord de la sonde Rosetta, le robot Philae s'est d'abord détaché, avant de se poser sur la comète Tchouri, à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre. En se déplaçant à la vitesse d'un marcheur, Philae s'est doucement approché de la comète, beaucoup plus rapide que lui puisqu'elle évolue à 70.000 kilomètres/heure. Dans une ambiance fébrile, les ingénieurs et astronomes qui ont travaillé sur le projet pendant plus de 20 ans se sont congratulés. Ils viennent d'accomplir l'une des plus grandes prouesses de l'histoire spatiale. "Un grand pas pour l'humanité", a salué Jean-Jacques Dourdain, le directeur de l'Agence Spatiale Européenne. "Nous sommes les premiers à l'avoir fait et c'est cela qui restera pour toujours", a-t-il ajouté, la voix emprunte d'émotion.

Voici la première image envoyée par Philae : on peut voir de quelques centimètres à quelques mètres de la comète. La surface est solide, plane, et le sol composé de roc et de sable. Des éléments indispensables pour un atterrissage sans encombres du robot.

Puis l'inquiétude quelques minutes plus tard.  La distance faisant, les scientifiques et le public ont dû attendre de longues minutes pour avoir la confirmation de la réussite de l'atterrissage. Pour autant, la partie n'est pas gagnée puisque les harpons de Philae se sont déclenchés sans réussir à se planter dans le sol de la comète. Deux heures après l'atterrissage, les premières images tant attendues n'étaient pas encore arrivées, et la situation pas encore vraiment stabilisée. "Nous avons des indications que les harpons pourraient ne pas s'être activés, ce qui voudrait dire que nous sommes posés sur un matériau meuble et que nous ne sommes pas arrimés", a déclaré Stephan Ulamec, membre de l'ASE. L'équipe scientifique pourrait tenter de redéclencher les harpons un peu plus tard pour sécuriser le robot. 

Le flou demeure. Les craintes persistent donc. Et pour cause, le propulseur de Philae, censé l'aider à s'arrimer sur la comète, semble ne pas fonctionner. De plus, on ne connaît pas la composition du sol. S'il était trop dur, Philae risquerait de rebondir, tant la gravité est faible sur la comète. S'il était trop mou, Philae pourrait s'enfoncer, et ne pas parvenir à déployer ses panneaux solaires indispensables pour s'alimenter en énergie. Un journaliste de Science et Avenir estime pour sa part que Philae pourrait s'être bien ancré dans le sol grâce aux vis dont il est équipé. Un autre élément semble donner bon espoir aux équipes d"ingénieurs : les images prises par Philae juste avant son arrivée sur la comète montrent qu'il s'est bien dirigé vers une surface plate et donc propice. Mais le flou demeure puisque les responsables du programme de Philae pensent que leur robot a peut-être atterri deux fois sur la comète. En annonçant cette nouvelle surprenante, Stéphane Ulamec, porte-parole, a déclenché les rires de l'assistance au centre européen d'opérations spatiales.



En revanche, les scientifiques de l'Agence Spatiale Européenne craignent que le logiciel ait été endommagé et que la photo du panorama ne soit pas disponible aujourd'hui. 

• L'ESSENTIEL

LE BUT DE LA MISSION

Cette mission d'"archéologie spatiale", entamée en 2004 avec le lancement de Rosetta, est très ambitieuse : elle cherche à percer l'évolution du système solaire depuis sa naissance, les comètes étant considérées comme des vestiges de la matière primitive. Si tout se passe bien pour Philae, les prélèvements opérés couronneraient 20 ans de travail pour les équipes scientifiques. 

>> LIRE AUSSI - Sonde Rosetta : cinq choses à savoir sur la mission Philae

L'opération a été minutieusement préparée, puisque pas moins de trois centres opérationnels sont mobilisés : le Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) de l'ESA à Darmstadt (Allemagne), le Centre de contrôle de l'atterrisseur du DLR (l'agence spatiale allemande) à Cologne (Allemagne) et le Centre des opérations scientifiques et de la navigation de l'atterrisseur, au CNES (l'agence spatiale française) à Toulouse (France).

>> Le schéma qui résume la phase d'approche de Philae sur la comète Tchouri

CE QUE VA FAIRE LE ROBOT

Après son arrimage, Philae a du pain sur la planche. Il devra d'abord prendre une photo panoramique de son site, puis des photos du sol. Il lui faudra ensuite effectuer une rotation sur lui-même pour trouver la meilleure position possible afin de procéder au forage de la comète. Avec l'instrument SD2, qui ressemble à une perceuse améliorée, il explorera le sol, récupérera et analysera des échantillons. Sa batterie est prévue pour durer pour une soixantaine d'heures. Elle se rechargera ensuite avec ses panneaux solaires.

>> Regardez la chute libre de Philae reconstituée dans cette vidéo de l'Agence spatiale européenne : 

BONUS : ROSETTA ET PHILAE ÉCHANGENT DES MOTS DOUX

La sonde et le robot qui s'est détaché ont tout deux des comptes Twitter. L'occasion de s'échanger des mots doux au moment de la séparation. A son départ de la sonde, le robot Philae a presque des accents nostalgiques, après 10 ans de voyage en commun : "Je t'enverrai des centaines de cartes postales !" 

Rosetta, elle, n'a pu s'empêcher de prendre une dernière photo de ce robot qu'elle a hébergé une décennie durant. Émouvant.