27/12/2017 - 19h02

En 2018, Mars et le Soleil vous donnent rendez-vous

© HO / NASA/JPL-CALTECH / AFP

L'année 2018 va encore être riche en missions spatiales. La Nasa, l'agence spatiale européenne (ESA), mais aussi Jaxa, l'agence spatiale japonaise, ont inscrits dans leurs tablettes plusieurs voyages avec pour principales destinations Mars, le Soleil mais aussi Mercure. Sur le modèle de la mission Rosetta autour de Tchouri, deux sondes vont aussi être envoyées pour stationner aux abords de deux astéroïdes. Présentation de ces prochaines aventures avec le regard d'Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine Ciel et Espace et spécialiste science d'Europe 1.

#Insight, un nouveau rover américain sur Mars

"Mars bouge-t-elle encore ?" L'agence spatiale américaine va avoir du pain sur la planche en 2018 avec le lancement de la mission Insight, initialement prévu en 2016, finalement programmée pour mai 2018, début d'une fenêtre de tir optimale. Après son arrivée prévue en novembre, la sonde larguera un rover muni, pour une première, d'un "sismographe", explique à Europe 1 Alain Cirou, qui précise que seule la Lune a reçu un instrument similaire dans le passé. Le sismographe, fabriqué par l'Institut de physique du globe de Paris, sera capable de mesurer l'activité interne de Mars. "On imagine qu'il y a des tremblements de terre sur Mars", explique le spécialiste, "on connaît bien la surface et l'atmosphère de Mars, avec Insight, Mars va être étudiée en tant que  globe pour répondre à la question suivante 'Mars bouge-t-elle encore?'"



Lire l'histoire de la Terre dans le sous-sol ? Le robot Insight sera muni d'un capteur capable de s'enfoncer à 5 mètres, une profondeur jamais atteinte par ses prédécesseurs. La composition du sous-sol martien peut en effet nous en apprendre beaucoup sur l'origine de la Terre. La planète rouge a en effet été formée en même temps que les autres planètes telluriques du système solaire. La Nasa tentera aussi d'expliquer l'origine des bouffées de méthane détectées par le robot Curiosity. Ce gaz, présent massivement sur notre planète, a-t-il une origine géologique ou est-il produit par des bactéries enfouies dans le sol ? Derrière cette interrogation, les scientifiques veulent expliquer comment Mars, de planète vivante, est devenue une planète morte.

Quand l'Europe se fait doubler. Avec cette mission, la Nasa grille la priorité à l'ESA. L'Europe avait aussi prévu de visiter Mars mais le lancement de Schiaparelli en octobre 2016 a fait un flop : le robot s'est en effet écrasé sur la planète rouge. Si sa sonde, TGO, est restée en orbite pour examiner l'atmosphère de Mars, il faudra attendre 2020 pour espérer voir un robot européen fouler le sol martien avec le lancement d'une nouvelle mission Exomars.

#La Terre a rendez-vous avec le Soleil

Vivre sous 1.400 degrés. Le roi des astres figure aussi dans les tablettes de la Nasa en 2018. En août décollera Parker Solar Probe. Cette sonde se placera en orbite elliptique autour du Soleil pour s'en rapprocher à seulement 6 millions de kilomètres, une distance jamais atteinte par les sondes précédentes. Là, elle devra d'abord survivre à une température de 1.400 degrés. Son bouclier de carbone de 11 cm d'épaisseur devrait lui permettre de survivre à cet enfer.

Le mystère de la couronne solaire enfin levé ? En plus d'étudier l'origine et la mécanique des vents solaires, Parker Solar Probe devra résoudre une grande énigme de l'espace : pourquoi la couronne solaire est-elle plus chaude que la surface du Soleil (parfois deux millions de degrés contre 5.800 degrés) ? Les résultats récoltés par la Nasa serviront aussi à prédire avec plus de finesse les éruptions solaires. Il faudra cependant être patient car la sonde américaine n'atteindra son objectif qu'en 2024. En chemin, elle aura du pain sur la planche avec notamment sept survols de Vénus.

Côté européen, le Soleil est aussi au programme mais pas avant 2020 avec la mission Solar Orbiter.

#BepiColombo dans l'enfer de Mercure

La parente pauvre de l'exploration spatiale. L'agence spatiale européenne et sa consoeur japonaise, la Jaxa, ne seront pas en reste les douze prochains mois. Elles préparent en effet la mission BepiColombo qui décollera en direction de Mercure en octobre. Cette planète ne paye pas de mine en apparence : elle a les plus petites dimensions de notre système solaire, n'a plus d'activité géologique et son atmosphère est presque inexistante. Sa surface ressemble à celle de la Lune, entre désert de minéraux, cratères et des escarpements de quelques kilomètres d'altitude.



Ces données peu attrayantes ont fait de Mercure la parente pauvre de l'exploration spatiale avec seulement deux missions d'exploration : Mariner 10 en 1974 et Messenger qui s'est achevé en 2015. Il faut dire que Mercure est peu accueillante. Planète la plus proche du Soleil, elle présente des températures dantesques, jusqu'à 510 degrés : une épreuve donc pour BepiColombo, qui sera équipé d'un épais bouclier thermique et de panneaux solaires inclinés pour éviter qu'ils ne partent en fumée. Alvaro Gimenez, le directeur scientifique de l'ESA, l'a reconnu en juillet dernier lors de la présentation de BepiColombo : ce sera "probablement la mission scientifique la plus compliquée que l'ESA ait menée".



"Ne rien négliger" pour comprendre le système solaire. Pour Alain Cirou, BepiColombo démontre que, dans le système solaire, rien n'est à négliger : "pour comprendre comment s'est formé le système solaire, on est obligé de comprendre comment fonctionnent toutes les planètes, Mercure et Pluton compris". Et si l'endroit "est majoritairement inconnu" reconnaît-il, on sait cependant qu'il y a de la glace aux pôles de Mercure, ce que pourra explorer de plus près BepiColombo. Mais selon Alain Cirou, l'intérêt de cette mission est aussi de mieux comprendre le fonctionnement des exoplanètes. Beaucoup orbitent en effet au plus près de leur étoile… tout comme Mercure.



Arrivée prévue en 2025. Mais concrètement, il faudra attendre 2025 pour que le vaisseau parvienne à destination, après un périple de 9 milliards de kilomètres. Elle larguera deux sondes qui se placeront en orbite. MPO (Mercury Planetary Orbiter), gérée par l'ESA, devra cartographier Mercure et analyser sa structure interne, tandis que MMO (Mercury Magnetospheric Orbiter), prise en charge par la Jaxa, se penchera sur son champ magnétique.

#Deux sondes pour deux astéroïdes

Un faucon sur un gros ballon. La mission Rosetta sur la comète Tchouri va faire prochainement des petits. En 2018 en effet, deux astéroïdes vont recevoir une visite en provenance de la Terre.  Après avoir quitté le plancher des vaches en décembre 2014, la sonde japonaise Hayabusa-2 ("faucon pélerin" en français) devrait parvenir à destination de Ryugu durant l'été 2018 pour y débuter une analyse à distance de l'astéroïde. Ce dernier, un ballon d'environ 800 mètres de diamètre, a été choisi car il est susceptible de contenir des matières organiques.

Il faudra cependant attendre 2019 pour la phase suivante de la mission.  Hayabusa-2 larguera en effet sur Ryugu un atterrisseur muni de trois rovers bardés d'instruments scientifiques. Mieux, la sonde elle aussi se posera sur l'astéroïde pour y prélever des échantillons et les ramener ensuite sur Terre. Retour prévu en 2020.

Un coup d'aspirateur sur Bennu. Côté américain, c'est Osirix-Rex, lancée en septembre 2016, qui va parvenir en août prochain aux abords de Bennu, un astéroïde aux dimensions proches de celles de Ryugu et qui devrait croiser la route de la Terre dans 166 ans. La sonde sera équipée d'un disque qui viendra appuyer la surface de Bennu et y envoyer un jet d'azote. L'objectif ? Aspirer entre 60 grammes et deux kilos de poussière et la ramener sur Terre en 2023.



La pollution de la matière extraterrestre en jeu. "300 kilos de matière ont déjà été ramenés de la Lune ainsi que quelques poussières d'un astéroïde lors d'une ancienne mission japonaise", rappelle Alain Cirou. Mais ramener de la matière extraterrestre reste l'idéal pour les chercheurs, explique-t-il. "A distance, on ne sait jamais si la matière récoltée par les sondes est polluée ou non par les appareils eux-mêmes, la question s'est d'ailleurs posée pour Rosetta car on n'arrive jamais à dépolluer entièrement ce qu'on envoie dans l'espace", relate le spécialiste d'Europe 1. "Une fois sur Terre, il est beaucoup plus possible de contrôler ce risque de pollution", estime-t-il.

La Chine à la conquête de la face cachée de la Lune. Si le président américain Donald Trump a donné pour objectif à la Nasa de renvoyer des humains sur la Lune, la Chine risque bien de s'y rendre avant les Américains. Elle s'est en effet donné pour objectif d'ici 2018 d'y envoyer l'alunisseur Chang'e 4 avec un objectif sans précédent : se poser sur la face cachée du satellite terrien. La mission est révolutionnaire car "on ne sait pas du tout" ce qu'il y a de ce côté de la Lune, rappelle Alain Cirou, tout en précisant que le lancement initialement prévu au premier semestre pourrait être repoussée à cause de problèmes de lanceur.