Diminution du nombre d'animaux : l'humanité est-elle également en danger ?

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D'après un rapport du WWF, la moitié de la population des animaux a disparu en un peu plus de 40 ans. Un signe du danger que court l'humanité.

L'ENQUÊTE DU 8H

"Le nombre d'animaux a diminué de moitié sur la planète en l'espace de 40 ans" : voilà le constat alarmant dressé par un nouveau rapport du WWF publié jeudi. En cause, la déforestation, l'urbanisation, la pollution, le changement climatique. Et cela va encore s'aggraver à partir de 2020. Les populations d'espèces pourraient avoir diminué de 67 % en seulement un demi-siècle. Le constat est sans appel : la planète se porte mal. Mais l'humanité est-elle elle aussi en danger ?

Notre survie est en jeu. Plusieurs experts n'hésitent plus à le dire : notre survie est en jeu puisqu'elle dépend de la bonne santé des écosystèmes. C'est-à-dire que plus l'humanité détruit le capital naturel de la Terre, moins elle aura de chances de survivre sur la durée.

D'ailleurs, les espèces animales disparaissent 100 fois plus rapidement que par le passé. Les scientifiques parlent de "la sixième extinction de masse". Jamais la planète n'a perdu ses espèces à un rythme aussi effréné depuis l'extinction des dinosaures, il y a 66 millions d'années.

Pour établir ce rapport, 3.700 espèces ont été analysées aux quatre coins de la planète : des mammifères, des oiseaux, des insectes, des reptiles… Et certains spécimens sont plus affectés que d'autres. C'est le cas notamment des poissons d'eau douce à cause de la disparition des lacs et des rivières.

Quelles sont les causes de ces disparitions ? L'homme, et tout particulièrement son alimentation. Il consomme une planète et demie par an, soit beaucoup plus que ce que la Terre est capable de régénérer. Avec la surpêche ou encore la chasse, certaines espèces disparaissent de manière irréversible. L'agriculture est également responsable de 80% de la déforestation mondiale. Dans ces conditions, si l'humanité veut survivre, elle doit apprendre à consommer autrement.

"Il ne peut pas y avoir de prospérité de demain si on détruit le capital naturel", explique Pascal Canfin, directeur général du WWF France. "Si on est dans un monde avec zéro forêt tropicale, avec un dérèglement climatique à cinq degrés, la prospérité est inimaginable parce que ce sera un monde beaucoup plus chaotique, beaucoup plus tendu et dans lequel les modèles économiques vont progressivement s'effriter et disparaître (...) C'est donc notre intérêt, même si c'est aussi une question de valeurs sur le mode : 'Quel monde je lègue à mes enfants ?'. Il y a toujours une bonne raison de détruire une prairie ou une zone humide, de faire une unité touristique en montagne plutôt qu'une prairie dans les Alpes. Mais la question fondamentale est : 'Est-ce qu'à un moment donné, on pose une limite ?' Peut-on se dire : 'Là ce n'est pas une zone vide à aménager, mais une zone pleine à protéger '?"

Une prise de conscience tardive. Malgré des efforts - le recours aux énergies renouvelables n'a jamais été aussi important, 175 pays ont signé l'Accord de Paris -, la prise de conscience reste récente. Il y a aujourd'hui énormément de gaz à effet de serre accumulés dans l’atmosphère et il faudra plusieurs dizaines d’années pour qu’ils disparaissent, affirment les spécialistes. Les effets de l'accord issu de la COP21 ne seront visibles qu'au milieu du 21ème siècle et quoi qu'il en soit, les engagements de la plupart des pays pour limiter le réchauffement de la planète sont encore loin du compte.

L'objectif de la COP21 était de prendre des mesures pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés entre l'ère pré-industrielle et la fin du siècle. Or, la planète a déjà atteint une augmentation d'un degré. C'est pourquoi l'accord prévoit une révision à la hausse des objectifs des pays tous les cinq ans. Un sujet capital pour la prochaine conférence mondiale sur l'environnement, la COP22, qui s'ouvrira à Marrakech du 7 au 18 novembre prochain.