Sur Yamaplace, vous pouvez revendre votre rendez-vous médical

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Sur Yamaplace, vous pouvez revendre votre rendez-vous médical
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LA POLÉMIQUE - Lancée il y a quelques jours, cette plateforme qui ressemble au principe du "Bon Coin", irrite les professionnels de santé.

"Vendez, achetez vos opportunités de rendez-vous médicaux libérés suite à des désistements de dernière minute". Voilà le descriptif officiel de la plateforme Yamaplace, lancée début mars et qui fait le buzz depuis mercredi. Mais la démarche de "vendre" un rendez-vous chez le gynéco, l'ophtalmo ou le dentiste n'est pas bien accueillie par les professionnels de santé.



Quel est le principe ? Concrètement, yamaplace propose de mettre en relation un internaute qui compte annuler un rendez-vous chez le médecin avec un autre qui, au contraire, a un besoin urgent de consulter. Ainsi le rendez-vous est maintenu mais ce n'est pas la personne initialement prévue qui y va, moyennent accord du médecin évidemment mais  pas seulement : les internautes proposant leur rendez-vous demandent, en effet, 3 à 10 euros en échange.

"Je suis prêt à payer". Jeudi après-midi, la plateforme comptait une vingtaine d'annonces : certaines pour "revendre" leur rendez-vous médical, d'autres pour en "acheter" un. Une certaine "Darmond", par exemple, domiciliée à Béthune explique : "je vais prochainement changer de région pour mon travail. Je suis donc en passe d'annuler un rendez-vous chez le gynécologue pour le 26/03 à 14h30". Son offre a un prix : 10 euros. A Montluçon, Colette, cherche un rendez-vous chez l'ophtalmo "dès le 16 mars quelle que soit l'heure". "Je suis prête à vous offrir un café pour un bon tuyau", précise-t-elle. En Seine-Saint-Denis, Oboko, lui, annonce qu'il est "prêt à payer" car il a besoin en urgence de voir un ophtalmo avant  de partir en vacances.

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"Une solution face aux déserts médicaux" ? Jeudi, les créateurs de Yamaplace n'ont pas répondu aux sollicitations d'Europe1. Mais dans Libération, mercredi, l'un des créateurs de la plateforme, Wahib Sali, assume la comparaison avec "Le Bon Coin" et voit dans Yamaplace "une solution face aux déserts médicaux" et aux délais d'attente interminables pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste. Un problème bien réel : d’après une étude Yssup Research pour Groupe Point Vision mise en avant par Yamaplace, il faut compter, en moyenne, 77 jours avant d'obtenir un rendez-vous chez l'ophtalmologue.

La crainte de "dérives". Le Dr Jean Marty, président du Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens Français, n'aime pas le procédé : "un rendez-vous médical, c'est une relation entre un médecin et un patient", a-t-il expliqué à Europe1. Pour lui cette marchandisation est susceptible de conduire à des dérives : "et si des gens bloquent des rendez-vous chez le médecin pour ensuite les revendre?", s'inquiète-t-il.

Une inquiétude partagée par le Dr Jacques Lucas, vice-président du conseil national de l'Ordre des médecins, qui assure avoir déjà des retours de médecins "irrités" par l'initiative. "La solution la plus simple lorsque l'on a un rendez-vous médical à annuler reste de décrocher son téléphone pour appeler son médecin. C'est à lui de réaffecter la plage qui se libère car il connaît ses patients", argumente-t-il en balayant l'argument de "la solidarité" entre internautes.

Un buzz qui cache autre chose ? Alors que le site Yamaplace comporte également des "annonces vétérinaires" et une rubrique intitulée "autres", le médecin s'interroge aussi sur la finalité de la plateforme au-delà du buzz autour de la revente de rendez-vous médicaux. "Yamaplace, c'est un nom générique. A terme, cela peut aussi concerner la revente de places de spectacles ou de matches de foot", relève le Dr Lucas.

Jeudi après-midi, le vice-président du conseil national de l'Ordre des médecins s'apprêtait à adresser un courrier pour alerter la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.