Tenir la main de son compagnon, le meilleur des antidouleurs ?

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Tenir la main de son compagnon, le meilleur des antidouleurs ?
Un homme tient la main de sa femme à la maternité du CHU d'Angers (Photo d'illustration)@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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Selon une étude, lorsque des couples se tiennent par la main, leurs rythmes cardiaques et respiratoires se synchronisent et la sensation de douleur potentielle est atténuée. 

"Ma femme souffrait, et tout ce à quoi je pouvais penser était comment faire pour l'aider. J'ai attrapé sa main, et cela a eu l'air de marcher. J'ai voulu vérifier cela en laboratoire : peut-on vraiment diminuer la douleur grâce au toucher, et si oui, comment ?". C'est par ces mots que Pavel Goldstein, un chercheur en neurosciences de l'Université du Colorado, explique ce qui l'a motivé à étudier les effets du toucher sur la sensation de douleur. 

Ses travaux, réalisés avec la collaboration de scientifiques américains et israéliens, sont publiés cette semaine dans la revue Scientific Reports. Ils révèlent que le contact physique a un impact sur la "connexion" existant entre deux individus, ce qui mène à une diminution de la sensation de douleur. 

Toucher et synchronisation interpersonnelle. Afin de mener leurs expériences, les scientifiques ont sollicité la participation de 44 individus, soit 22 couples. Les couples sélectionnés, âgés de 23 à 32 ans, étaient hétérosexuels et entretenaient une relation depuis plusieurs années. 

Les couples ont été divisés en trois groupes. Les couples du premier groupe étaient placés côte à côte et ne se touchaient pas. Ceux du deuxième groupe étaient également assis l'un à côté de l'autre et avaient l'obligation de se tenir par la main. Enfin, les individus du troisième groupe étaient situés dans des pièces séparées. A chaque fois, la femme devait supporter sur son avant-bras des petites décharges de chaleur durant deux minutes. L'homme avait pour sa part un rôle "d'observateur". Grâce à un système de rotation, chaque couple est passé dans les trois groupes et a ainsi expérimenté les trois scénarios. Des instruments mesuraient les rythmes cardiaques et respiratoires des participants durant les différentes expériences. 

Et, sans grande surprise, les rythmes cardiaques et respiratoires des couples assis l'un à côté de l'autre étaient plus synchronisés que lorsqu'ils étaient séparés dans deux pièces différentes. Cependant, dès que la femme commençait à avoir mal, cette synchronisation disparaissait. Le lien de synchronisation ne se rétablissait que lorsqu'il y avait contact physique, moment correspondant également à une diminution de la sensation de douleur.

Quelles conclusions en tirer ? Pour Pavel Goldstein, cela montre que la synchronisation physiologique permet quand elle existe une atténuation de la douleur, mais aussi qu'elle peut être "totalement interrompue" par une souffrance non partagée combinée à une absence de contact physique. "Le toucher permet de la ramener" ajoute le chercheur. 

Le toucher est un outil permettant de communiquer son empathie et doté d'effets analgésiques. 

L'espoir de nouveaux traitements. Pour les auteurs de l'étude, les résultats supposent que le toucher est un "outil permettant de communiquer son empathie et doté d'effets analgésiques". Les chercheurs vont jusqu'à comparer ses effets à ceux des antidouleurs généralement prescrits. 

Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin de comprendre comment le toucher module la sensation de douleur. Selon Pavel Goldstein, le cortex cingulaire antérieur (CCA), une région du cerveau, pourrait bien être impliqué. Le CCA, connu pour jouer un rôle dans les fonctions respiratoires et cardiaques, est en effet supposé être responsable des sensations de douleur et d'empathie. 

Le but des auteurs est assumé : mettre au point, à terme, des traitements alternatifs permettant de soulager la douleur et ne comportant pas d'opioïdes, ces substances aux nombreux effets secondaires présentes dans les antidouleurs habituels.