Qu'est-ce que la Nash, ou "maladie du foie gras" ?

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Qu'est-ce que la Nash, ou "maladie du foie gras" ?
Dans son livre, Pierre Ménès raconte l'attente de ses deux greffes du foie et du rein et la difficulté du dépistage de la Nash.@ AFP
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Cette pathologie du foie due à la consommation de sucres a été mise en lumière par le chroniqueur sportif Pierre Ménès. Partout dans le monde, le nombre de cas est en constante augmentation.

Elle touche environ 1% de la population française, mais les spécialistes estiment qu'elle est encore largement sous-estimée. La stéatose hépatique non alcoolique, appelée aussi Nash (pour "Non Alcoolic Steato Hepatitis"), est une grave inflammation du foie, qui n'est pas due à l'alcool mais à la consommation de sucre. Partout dans le monde, le nombre de cas augmente, corrélé à la pandémie de diabète et d’obésité. D'ici à 2020, la Nash pourrait même devenir la première cause de greffe du foie. Si le chroniqueur Pierre Ménès a largement contribué à la mettre en lumière, cette maladie reste assez méconnue aujourd'hui.

De quoi s'agit-il ?

Schématiquement, le "foie gras" est dû à une accumulation de graisse dans le foie, ce qui s’accompagne d’une inflammation et d’une dégénérescence des cellules hépatiques. Cela peut, dans les cas les plus graves (un sur trois ou quatre) mener à une cirrhose, comme en cas de consommation excessive d'alcool ou d'infection virale. Plus inquiétant encore : 5%  des malades développeront, à terme, un cancer du foie, dont le pronostic de survie est faible.

La Nash touche en particulier les personnes en surpoids et/ou diabétiques. Sachant qu'en France, un tiers d'adultes sont en surpoids et 15% souffrent d'obésité, le nombre de Nash devrait inévitablement augmenter, s'inquiètent les spécialistes. La situation est d'autant plus préoccupante que l'obésité "a atteint les proportions d’une épidémie mondiale", comme le notait l'OMS en 2014.

Si un Français sur cent est atteint par la "maladie du foie gras", selon les chiffres officiels, certaines études estiment que 20% de la population est concernée.

Aux États-Unis, où le nombre d'obèses touche près de 40% des adultes, la Nash est même devenue la première cause de transplantation du foie, a souligné Lawrence Serfaty, patricien hospitalier au sein de l'APHP dans le service d’hépatologie à l’hôpital parisien Saint-Antoine, à l'occasion du congrès dédié à cet organe "Paris Hepatology Conference", organisé les 30 et 31 janvier dernier.

Quelles causes ?

Cette pathologie a émergé il y a quelques années seulement - la publication des premières recommandations américaines date de 2012 - notamment en raison de l'évolution de nos conditions de vie et de la malbouffe. "C'est une maladie de civilisation, une maladie du manger trop gras", confirme le docteur Gérald Kierzek, consultant santé pour Europe 1. Alimentation trop grasse, trop riche en sucres rapides… la Nash a aussi été appelée "maladie du soda". Mais les causes sont plus multiples que cela, car la maladie s'installe aussi quand la personne n'a pas assez d'activité physique.

L’âge, la sensibilité à l’insuline, les dyslipidémies, l’hypertension et l’augmentation des enzymes hépatiques sont d'autres facteurs de risque.

Quels symptômes ?

Jusqu’à un stade avancé, la maladie est "asymptomatique", c’est-à-dire sans symptômes. Certains patients se plaignent d'une perte d'appétit, d'un malaise abdominal, d'une jaunisse, de pieds gonflés... Mais quand ces signes se font sentir, il est déjà souvent trop tard.

Dans son livre Deuxième mi-temps, le "Monsieur football" de Canal+, Pierre Ménès, raconte l'attente de ses deux greffes du foie et du rein et la difficulté du dépistage de la Nash. Le chroniqueur sportif s'est vu détecter une cirrhose très avancée alors qu’il n’avait ressenti aucune douleur particulière jusque-là.

Si une prise de sang pose un premier diagnostic, une échographie abdominale permet de visualiser la graisse. Cependant, seule une biopsie du foie permet d’établir un diagnostic sûr et de connaître le degré d'inflammation et de fibrose.

Quels traitements ?

À l'heure actuelle, le meilleur traitement consiste à changer son quotidien : manger moins gras, moins sucré et faire davantage d’exercice physique.  Une perte de poids de 8 à 10% permet en effet d'améliorer la fonction hépatique et de réduire le risque cardiovasculaire, première cause de mortalité chez ces patients. Certains médicaments peuvent également améliorer la sensibilité à l’insuline. Plus le stade de la maladie est avancé, plus cela devient toutefois compliqué.

Mais pour l'instant, aucune pilule miracle n'a été approuvée contre cette atteinte hépatique. "Une centaine de compagnies, essentiellement américaines, ont des molécules en développement", assure cependant le Pr Serfaty.