Primaire de gauche : les candidats cherchent un "oasis" pour les déserts médicaux

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Manuel Valls et Benoît Hamon s’inscrivent en rupture par rapport à la politique du gouvernement. Les autres oscillent entre originalité et continuité.

Comment lutter contre les déserts médicaux ? La question a été posée jeudi soir, lors du troisième débat des candidats à la primaire organisée par le PS. Et leur réponse a été, pour la plupart, en rupture avec la politique menée actuellement par Marisol Touraine, ministre de la Santé. Retour sur les propositions des différents candidats en la matière.

Le gouvernement privilégie l’incitation… Selon l’association UFC Que Choisir, 3,2 millions de Français vivent dans un désert médical. En clair, 5% de la population ne vit pas à proximité d'un généraliste. Et c'est encore plus difficile de trouver un spécialiste : 19% des Français ne disposent pas de pédiatres à proximité, 15% pour les gynécologues et 12% pour les ophtalmologistes. La donne n'a presque quasiment pas changé en cinq ans, voire s’est même empirée selon l'association de consommateurs.

Aujourd’hui, les médecins sont libres de s’installer où ils veulent, sans considération du nombre de médecins qu’il y a aux alentours. Et le gouvernement actuel n’a jamais voulu remettre en cause le système. Dès 2012, en effet, la ministre actuelle de la Santé rappelait qu’elle n’avait "pas la moindre intention de remettre en cause" la liberté d’installation des médecins. Le gouvernement a privilégié, depuis 2013, les incitations financières à l’installation des jeunes médecins, ainsi que la construction des maisons de Santé. Une politique qui peine encore à porter ses fruits, selon la dernière étude de Que choisir. 

… Hamon et Valls veulent de la contrainte. Sans surprise, le candidat qui défend la plus grande rupture avec le système actuel est Benoît Hamon. L’ancien ministre de l’Education nationale propose de ne plus signer de convention avec les médecins qui s’installent dans des zones déjà surdotées. En clair, leurs patients ne pourraient plus être remboursés par la Sécurité sociale. "C’est déjà le cas pour les kinés, c’est applicable pour les médecins", a défendu Benoît Hamon lors du débat.

Plus surprenante, en revanche, est la position de Manuel Valls. L’ancien Premier ministre propose d’aller plus loin que le gouvernement qu’il a dirigé pendant deux ans et huit mois. Son programme en la matière tient en une ligne : "intensifier la lutte contre les déserts médicaux". Mais le 9 janvier dernier, dans Le Parisien, il se montrait plus affirmatif : "Au vu des difficultés actuelles, nous n’avons plus d’autres choix que de limiter la liberté d’installation" des médecins, expliquait-il. "Il faut aller plus loin sur l’installation des médecins, être plus volontariste, dans le débat, dans les discussions avec les différents acteurs", a-t-il renchéri jeudi soir lors du débat. "La médecine libérale ne joue plus son rôle dans les zones rurales, dans les villes moyenne, dans les banlieues", martelait-il encore.

L’ancien Premier ministre reste flou, car il entend d’abord passer par une vaste phase de négociations. Mais le "volontarisme" qu’il promet tranche avec la politique que son gouvernement a mené. Manuel Valls propose également d’aller beaucoup plus loin dans la réforme des études de médecine. Alors que Marisol Touraine a ouvert 478 places supplémentaires pour les concours de médecine… L’ancien chef du gouvernement promet tout simplement de supprimer le numerus clausus, le nombre limite de places disponibles. "Nous avons besoin de davantage de médecins" pour aider les déserts médicaux, a-t-il défendu jeudi soir.

Peillon dans la continuité de Touraine. Le seul candidat qui se pose en défenseur du bilan de Marisol Touraine est – sans surprise là non plus – Vincent Peillon. L’ancien ministre de l’Education propose ainsi de poursuivre la politique d’incitation, avec l’objectif d’installer dans les déserts médicaux 20.000 médecins qui ne sont que remplaçants dans les zones mieux dotées. "Je refuse une méthode dure et je préfère une méthode d’incitation par un certain nombre d’avantages fiscaux et sociaux", a-t-il argumenté lors du débat. L’eurodéputé milite enfin pour un "financement adéquat" de la télémédecine, poursuivant ainsi les (petits) efforts de Marisol Touraine en la matière (lire notre article ici à ce sujet).

Les trois autres innovent. Arnaud Montebourg et Jean-Luc Bennhamias, pour leur part, se placent dans une position intermédiaire. En complément des maisons de santé, ils entendent créer des "dispensaires", sans remettre en cause la liberté d’installation. "Je propose que l’on salarie des médecins et que la Sécurité sociale crée des dispensaires publics en complément des maisons de santé déjà existantes lorsque les délais de prise en charge des patients sont trop longs", peut-on lire sur le programme d’Arnaud Montebourg, qui parle d’installer un "oasis médical" dans chaque désert. Jean-Luc Bennahmias milite, lui aussi, pour l’ouverture de "dispensaires 24 heures sur 24 pour traiter les problèmes courants de la vie qui ne sont pas des urgences vitales, notamment les poussées de fièvres infantiles". Ces derniers ne seraient, toutefois, pas réservés aux déserts médicaux.

La mesure la plus innovante est toutefois à mettre au crédit de François de Rugy. L’écologiste propose en effet la création d’un diplôme de "Master médical" ouvert aux professionnels de santé non médecin ayant au moins dix ans d’expérience. Ces derniers verraient leur formation financé par l’Etat. En contrepartie, ils auront l’obligation de s’installer dans les déserts médicaux pour compenser les départs de médecin non compensés.

MG France tacle Valls et sa "démagogie"

Le candidat qui a le plus fait réagir les médecins généralistes est Manuel Valls, à en croire le Quotidien du médecin. Claude Leicher, président de MG France, a notamment peu apprécié sa volonté de s’attaquer à la médecine libérale et de supprimer le numerus clausus. "Heureusement que Manuel Valls n'a pas été Premier ministre car nous aurions dégusté avec lui !", a ironisé le patron du premier syndicat de généralistes. Il déplore la "démagogie politique poussée à l'extrême" et dénonce "un discours d'impuissance et d'inefficacité. Il ne l'a pas fait car il ne peut pas le faire. Il faudrait obliger les gens à terminer leurs études de médecine, à choisir la médecine générale et à s'installer en médecine libérale là où on leur demande. Cela fait beaucoup d'obligations".