"On ne donne plus de pilule de 3e ou 4e génération en première option"

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"On ne donne plus de pilule de 3e ou 4e génération en première option"
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5 QUESTIONS A – Un an après la polémique sur les pilules de 3e et 4e génération, le président du Syndicat National des Gynécologues analyse ce qui a changé dans la pratique des médecins.

Un an après la polémique sur les risques liés aux pilules de 3ème et 4ème génération, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de révéler que leur prescription avait reculé. Un baisse qui a eu un impact positif d'après l'ANSM qui a enregistré un recul des hospitalisations pour embolie pulmonaire chez les femmes en âge de procréer. Toutes ces données ont-elles changé la pratique des médecins ? Pour le savoir, Europe1 a interrogé Jean Marty, le président du Syndicat National des Gynécologues.

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Qu'est ce qu' a changé la polémique autour des pilules de 3e et 4e génération ?

La communauté médicale a été informée du risque plus important et les prescripteurs ont fortement réduit, sinon arrêté, de prescrire des pilules de 3e ou 4e génération… sauf si la patiente y est habituée et qu'elle en tire, pour une raison ou pour une autre, un plus grand confort ou un bénéfice reconnu.

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Désormais, comment un gynécologue décide-t-il de prescrire telle ou telle pilule ?

Le choix de la contraception est toujours à l'initiative de la patiente. Etre bien dans sa contraception a, en effet, un effet positif sur l'observance (le fait de bien prendre son traitement). Notre rôle consiste à voir si sa décision est conforme à sa situation médicale.

Concrètement, lorsqu'une femme n'a pas encore de prescription de pilule, on ne lui propose pas en première intention de pilule de 3e ou 4e génération mais plutôt une pilule de 2eme génération ou des implants.

Dans le cas des patientes qui  prennent déjà une pilule de 3e ou 4e génération, on leur demande si elles sont bien informées des risques liés à ce choix contraceptif. En même temps, on leur dit que cela ne nous inquiète pas plus que cela. Car il faut savoir qu'en début de grossesse, le risque thromboembolique est naturellement plus important, que le risque lié à la prise d'une pilule de 3e ou 4e génération. Il faut aussi rappeler que les risques liés à la non contraception sont de loin  les plus importants.

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Quel regard avez-vous sur cette réticence vis-à-vis de la pilule ?

Je crois que cela va bien au-delà de la méfiance vis-à-vis de la pilule : il y a une défiance généralisée, depuis quelques années, vis-à-vis des médicaments dans leur ensemble, des vaccins, des génériques…

Comment faut-il réagir face à cette étude comparative de l'agence du médicament ?

L'instauration d'un mécanisme d'exception à cause d'un accident, d'un drame ou d'un procès n'est pas souhaitable. L'agence du médicament propose une piste de valeur mais il faut la développer et mener d'autres études rigoureuses. La recherche ne peut pas se limiter à une seule structure. Il faut que les médecins qui, eux, ont la connaissance clinique aient les moyens de faire des recherches. Il faudrait, par exemple, avoir la possibilité de croiser les données entre consommation des médicaments et hospitalisation, étudier les parcours de soins des femmes qui prennent un contraceptif oral avec les données de la Sécurité sociale … mais cette volonté se heurte encore à la crainte de l'atteinte au secret médical.

Où en est votre idée de questionnaire en ligne sur Internet ?

Mon idée était de permettre à chaque femme d'évaluer les risques thrombo-emboliques qu'elle encourt en répondant à une série de questions dont elle aurait pu communiquer le résultat à son médecin.

Mais cette idée n'a pas été reprise par les autorités sanitaires et je le regrette. Ce n'est pas un dispositif facile à mettre en place et la mise en œuvre ne peut pas reposer sur les seuls médecins.