Les réseaux sociaux peuvent-ils aider à faire de meilleurs médicaments ?

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Les réseaux sociaux peuvent-ils aider à faire de meilleurs médicaments ?
@ AFP
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Plusieurs projets scientifiques sont actuellement en cours pour analyser les commentaires des internautes sur les effets secondaires.

Vous avez la nausée après la prise d'un médicament, votre traitement contient trop d'effets secondaires… Et si vous partagiez votre expérience sur internet ? Plusieurs projets scientifiques étaient présentés cette semaine à l'Académie nationale de pharmacie. Leur objet ? L'étude des réseaux sociaux et des forums internet. Selon les équipes aux manettes de ces projets, les internautes peuvent aider à faire de meilleurs médicaments. Au point d'éviter des scandales liés à des médicaments défectueux ? Décryptage. 

Des chercheurs tentent actuellement de trouver un moyen d'analyser les avis des internautes sur les médicaments qu'ils consomment, afin de constituer un panel de données permettant de connaître plus rapidement les effets réels des médicaments. L'idée est, notamment, de renforcer la vigilance concernant les potentiels effets secondaires.  Le projet "ADR-PRISM", le projet WEB-RADR, le "projet pilote Sanofi détection des signaux de Pharmacovigilance"… De nombreuses études sont actuellement en cours sur ce sujet, et ils devraient donner des résultats à horizon 2017-2018.

Retrouver, filtrer et analyser les commentaires des patients

L'une des plus avancées s'appelle "projet Vigi4MED". Le projet est financé par l’ANSM, Agence nationale de sécurité sanitaire des médicaments et des produits de santé. L'objectif, présenté par Cédric Bousquet, Coordinateur du projet, est clair : "rechercher et analyser les effets indésirables médicamenteux rapportés par les patients dans les réseaux sociaux". "Cinq partenaires spécialisés en informatique médicale, traitement automatique du langage et web sémantique ont mis en place une infrastructure technique qui permet de retrouver, filtrer et analyser les commentaires des patients sur Internet", explique Cédric Bousquet, cité par l'Académie nationale de pharmacie.

Une liste de médicaments à surveiller a été établie par l'Hôpital européen Georges Pompidou et le CHU de Saint Etienne. Et un algorithme permet d'analyser les commentaires des internautes. Le projet, lancé en 2013, ne donne pas, pour l'heure, des résultats très probants. Un premier test présenté mercredi, mené sur l'antidépresseur Duloxetine, consistait à comparer 197 messages postés par des patients sur des forums avec 767 déclarations enregistrées dans une base de données constituée par des pharmaciens. Résultat : il y a une "plus grande richesse d’informations dans la BNPV (base de données des pharmaciens) par rapport aux forums de discussion", analyse Cédric Bousquet, également  chercheur à l'Inserm. Mais la recherche se poursuit sur de nombreux autres médicaments et les capacités d'analyse se développent. Le scientifique l'assure : à long terme, le projet "permettra de mesurer les bénéfices attendus et les coûts associés à une recherche proactive des signaux sur Internet" et de "renforcer la place du patient dans le système de santé".

Ce n'est pas l'information qui manque en France

"Il ne faut se priver d'aucun outil. Mais on peut douter de la fiabilité d'un outil peu sécurisé comme le sont les réseaux sociaux et les forums", nuance, pour sa part, le Professeur François Chast, chef du service de Pharmacie clinique des Hôpitaux universitaires Paris centre, contacté par Europe 1. "Qui peut affirmer que les avis en ligne sur les comparateurs d'hôtels ou de voyage sont fiables ? Je suis un peu réticent à considérer les réseaux sociaux comme quelque chose de fiable", poursuit-il. L'auteur du livre Les médicaments en 100 questions reconnaît toutefois : "Cela peut tout de même donner des signaux, des indicateurs, des clignotants, pour que les autorités sanitaires et la justice se sentent concernées".

Selon François Chast, "ce n'est pas l'information qui manque en France". Mais plutôt l'absence de prise de décision, une fois les effets secondaires des médicaments constatés. "Pour la Depakine, par exemple : il y avait une avalanche de données scientifiques. Les signaux existaient. Le problème en France est plutôt à formuler ainsi : 'qui peut dire, 'stop, on arrête un médicament ?'", martèle le pharmacologue. "ANSM, Haute autorité de santé, cabinet de la ministre de la Santé, direction général des produits de santé… Nous avons une demi-douzaine d'autorités, qui ne marchent pas forcément dans le même sens", regrette-t-il. Et de conclure : "Aux Etats-Unis, vous avez une autorité, la FDA. Et les laboratoires qui commercialisent des produits défectueux peuvent payer des amendes de deux ou trois milliards. Mais en France, on n'a pas ça… "