Leonetti : "je suis pour la mort apaisée et sans souffrance"

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Leonetti : "je suis pour la mort apaisée et sans souffrance"
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INTERVIEW E1 - L’auteur du rapport sur la fin de vie Jean Leonetti insiste sur la "qualité de vie" pour un patient en phase terminale. 

Le candidat Hollande avait promis de faire avancer la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie. Vendredi matin, après avoir reçu un nouveau rapport sur le sujet, le chef de l’Etat a assuré qu’un débat serait organisé dès le mois de janvier à l’Assemblée nationale. L’un des auteurs de ce texte, encore le député UMP Jean Leonetti, salue la "réflexion approfondie" et la "volonté de rassemblement" du Président sur ce thème. Le député-maire d’Antibes revient pour Europe 1 sur ce "sujet toujours délicat en France".

François Hollande a souligné que la loi actuelle (celle de 2005) était "mal connue et mal appliquée".  Pourquoi existe-t-il encore des difficultés en France à franchir le pas ?

fin de vie

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En France, la culture de la fin de vie ne s’est pas encore développée. La France envisage la mort et la maladie comme un combat, un combat que l’on doit mener et gagner. Donc la mort est un échec. Cette vision n’est pas tout à fait partagée par d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou l’Angleterre.

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Pour prendre un exemple concret, en France, on utilise d’abord les traitements curatifs et quand cela ne marche plus, on passe aux soins palliatifs. En Allemagne, on fait du curatif et du palliatif en même temps. Et paradoxalement, non seulement la qualité de vie est meilleure, mais cela donne également une prolongation de la vie. On a toujours l’impression que quand on soulage, on abrège la vie. C’est faux.

Le chef de l’Etat a pris soin de ne pas utiliser le terme ‘euthanasie’. Pourquoi?

Si vous me demandez ‘est-ce que l’euthanasie vous choque ?’ et si je le traduis du grec (la bonne mort), je suis pour cette mort apaisée et sans souffrance. Mais c’est un acte d’une certaine brutalité. Donc ne pas utiliser le terme ‘euthanasie’, dont la définition est de donner la mort, n’est pas uniquement un problème sémantique. C’est aussi une volonté de ne pas tuer les patients.





Si on pouvait faire une loi qui dit à tous les Français 'vous ne souffrirez pas en fin de vie et c’est vous qui pourrez dire à quel moment on arrête et à quel moment vous déciderez du degré de soulagement que vous devez avoir', je pense qu’on aura réussi. Essayons de ne pas faire souffrir les gens en fin de vie. On en a les moyens médicaux, les moyens techniques, on en a les moyens législatifs. Il faut se donner les moyens humains. En fin de vie, la qualité de la vie prime sur la durée de la vie. La seule préoccupation qu’on doit avoir vis-à-vis d’une personne en fin de vie, c’est de la soulager.  

Comment peut-on passer à la vitesse supérieure sur ce sujet ?

Cela passe par la formation du corps médical. Depuis 2005, beaucoup de médecins se sont formés. Mais il existe encore une trop grande inégalité des pratiques sur le territoire français. Il faut absolument harmoniser mais il y a un effort considérable à faire dans ce domaine. La médecine a énormément progressé sur le plan scientifique et sur la plan technique. Sur le plan humain, pas tellement…

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