Alzheimer : la maigreur, terrain favorable ?

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Alzheimer : la maigreur, terrain favorable ?
@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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SANTÉ - Selon une étude menée sur 2 millions de personnes, l'obésité amoindrirait le risque de développer une démence.

Alors que plusieurs travaux scientifiques montraient que l'obésité favorisait la démence, une étude publiée dans la revue The Lancet Diabetes and Endocrinology vendredi remet les choses à plat. Cette étude indique que les personnes maigres auraient plus de risques de développer des démences par rapport à celles de poids normal ou obèses. Ces pathologies, dont la plus connue est celle d'Alzheimer, concernent 50 millions de personnes dans le monde, en grande majorité des personnes âgées. 

Une cohorte de 45.507 personnes. L'étude s'est appuyée sur les dossiers médicaux de près de deux millions de Britanniques. Chacun d'entre eux a été suivi sur 20 ans maximum, période durant laquelle 45.507 d'entre eux ont été diagnostiqués comme déments. Des chercheurs britanniques ont alors fait un lien entre la démence et l'IMC des patients. Ce dernier est l'Indice de masse corporelle, calculé à partir de la taille et du poids. La maigreur se définie par un IMC inférieur à 20 kg/m2. L'obésité commence à 27 et l'obésité morbide à 40. Le poids normal se situe dans une fourchette allant de 20 à 25. 

Maigreur = démence ? Les chercheurs ont pu montrer que les personnes maigres âgées de 40 à 55 ans ont un risque accru de 34% de présenter des démences plus tard dans leur vie, par rapport à celles affichant un poids normal. Plus étonnant encore, les personnes atteintes d'obésité morbide ont un risque de démence diminué de 29% par rapport aux personnes de poids normal. Et l'équipe de médecins obtient des résultats similaires en prenant en compte d'autres facteurs de risques, tels l'alcool ou le tabac. 

À prendre avec des pincettes. Le Dr Nawab Qizilbash, l'épidémiologiste qui a coordonné l'étude, reconnaît qu'il est incapable à ce stade d'expliquer ces résultats. "De nombreux facteurs tels que le régime alimentaire, l'activité physique, la fragilité, les facteurs génétiques ou les modifications de poids liées à d'autres pathologies pourraient jouer un rôle", note-t-il pour expliquer que la maigreur puisse être un terrain favorable à la démence. Pour toutes ces raisons, il n'est pas question, selon le médecin, de conseiller aux maigres de prendre du poids.

Et concernant les obèses, même s'il existe des effets protecteurs vis-à-vis de la démence, ils pourraient bien "ne pas vivre assez longtemps pour en bénéficier" car, rappelle-t-il, leur espérance de vie est plus faible. Ils ont en effet un risque accru d'avoir des maladies cardiovasculaires ou de développer certains cancers, indique le Dr Nawab Qizilbash. 

Un débat qui reste à trancher. Dans un commentaire joint à l'étude, la neurologue américaine Deborah Gustafson reconnaît cependant que les études existantes sont "ambiguës". Cette étude britannique ne constitue sûrement pas, selon elle, "le fin mot de ce sujet controversé".

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