Grippe A : on s'est trompé de film

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Grippe A : on s'est trompé de film
@ REUTERS
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Le Parlement a pointé jeudi une vaccination hors de prix et un écho médiatique excessif.

Un an après le début de l’épidémie de grippe A (H1N1), c’est l’heure du bilan et il est plus que mitigé. La campagne gouvernementale est considérée comme un échec par de nombreux spécialistes, compte tenu de son coût d’au moins 699 millions d'euros et de son résultat : moins de six millions de personnes vaccinées en France.

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a donc dû expliquer la gestion gouvernementale de la crise lors de son audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée sur la gestion de l'épidémie.

La ministre a notamment justifié l’ampleur de la campagne d’information et de vaccination par la crainte d’une possible mutation d’un virus alors peu connu. "J'ai retenu un scénario fondé sur des hypothèses plausibles, qui s'est révélé plus pessimiste que ce qui est advenu dans la réalité", a-t-elle reconnu.

Méfiance et médiatisation excessive

"Il se trouve que la population française ne s'est pas montrée assez inquiète, craignant peut-être davantage le vaccin" que la grippe, a analysé le directeur général de la santé, Didier Houssin.

Moins d'un quart des populations à risques (femmes enceintes, bébés, enfants et personnes fragiles) ont été vaccinées. Dans plusieurs pays comme la Suède, les Pays-Bas ou le Canada, les taux de vaccination ont dépassé les 50%.

Selon l'institut de veille sanitaire (InVS), la grippe A a fait 312 morts en France, un nombre inversement proportionnel à l'ampleur médiatique de la crise. Roselyne Bachelot s’est défendue en dénonçant "le sabotage" qu'a représenté "la désinformation" sur les prétendus effets secondaires du vaccin.

Les spécialistes de l'OMS, en charge de la surveillance épidémiologique à l'échelle mondiale, sont à l'inverse accusés d'avoir exagéré la menace. Bref, ces voix discordantes ont renforcé la méfiance des patients.

La mise à l’écart des généralistes

La communication gouvernementale n'a ni contrebalancé ni contenu ce soupçon ambiant et a été privée du meilleur porte-voix en matière de santé : la médecine généraliste, à laquelle le ministère a préféré les centres de vaccination.

"Non seulement ils n'ont pas relayé la position du gouvernement auprès de leurs patients mais encore ils l'ont combattue, ce qui est assez ahurissant et décevant", a accusé le président du Haut conseil de la santé publique, Roger Salamon.

Seule certitude, la grippe A a fait cinq fois moins de morts qu’une grippe saisonnière, pour un cout total estimé par l’Etat à 699 millions d'euros.