Essai clinique de Rennes : une enquête révèle des éléments accablants pour Biotrial

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Essai clinique de Rennes : une enquête révèle des éléments accablants pour Biotrial
Des témoignages accablants pour Biotrial@ LOIC VENANCE / AFP
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symptômes inquiétants non pris en compte ou minimisés, médicaments périmés... autant de dysfonctionnements à charge contre Biotrial, selon les premiers éléments de l'enquête.

Après le décès de l'un des patients ayant participé à l'essai clinique en janvier dernier, une enquête a été ouverte pour comprendre les circonstances du drame. Les enquêteurs ont alors recueilli des témoignages accablants pour l'institut de recherche Biotrial de Rennes, révèle Le Figaro qui a eu accès au document lundi. 

Plusieurs incidents avant le drame. Les autres participants au test ont tous été interrogés par les enquêteurs. Les premiers symptômes apparaissent juste après l'hospitalisation de Guillaume Molinet, le patient décédé. Lylian, 39 ans, manifeste de sérieuses pertes de mémoire rapportées par les autres membres du groupe d'essai. Il est transféré au l'hôpital qui le renvoie à la clinique faute de place. Biotrial met cet incident sur le compte du "choc émotionnel" lié à l'hospitalisation de Guillaume. Des troubles de la mémoire qui se poursuivent sur plusieurs jours.

Un autre volontaire s'évanouit en allant aux toilettes. Une information qui n'avait pas été révélée jusqu'à présent. Un autre cobaye apprend qu'il a une poche de sang dans le "tronc" du cerveau. "Il s'agirait d'une 'erreur de fabrication' non liée à l'essai clinique", raconte-t-il aux policiers. 

Une hospitalisation tardive pour le patient décédé. Contrairement à ce qu'a affirmé Biotrial, Guillaume Molinet n'aurait pas été transféré à l'hôpital dès que son état l'aurait nécessité. Dès le matin, les autres participants ont noté les troubles du patient, qui n'a été admis qu'en soirée. "Au petit-déjeuner, Guillaume nous a expliqué qu'il avait un trouble de la vision et qu'il avait un cercle noir dans son champ de vision. Il n'en a pas parlé au corps médical et il n'en a pas reparlé après". 

Il n'en aurait pas parlé pour ne pas se voir infliger une "amende" comme cela est prévu par le laboratoire qui a mis en place "une grille tarifaire si on ne respecte pas les règles". Malgré l'état manifestement grave du patient, Biotrial aurait prolongé l'essai jusqu'au lendemain matin.

Des médicaments périmés. L'enquête se poursuit avec des perquisitions dans le laboratoire. Les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp) saisissent des bidons contenant les médicaments administrés aux cobayes. Sur les étiquettes, les dates de péremption sont dépassées depuis plus de trois mois. Des médicaments qui auraient obtenu une extension de péremption. Divers manquements qui viennent accabler la responsabilité de Biotrial dans l'échec mortel de cet essai clinique.