"Depuis trois ans, rien" contre le tabac

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"Depuis trois ans, rien" contre le tabac
@ EUROPE1
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Le pneumologue Bertrand Dautzenberg dénonce l’influence du lobby du tabac et l’inaction de l'Etat.

"C’est une maladie transmissible, pas par un moustique stupide, mais par une industrie intelligente", a prévenu lundi sur Europe 1 Bertrand Dautzenberg, pneumologue à La Pitié-Salpêtrière et président de l'Office français de prévention du tabagisme, à l’occasion de la journée mondiale sans tabac.

Ce spécialiste des conséquences du tabac a rappelé que "la dépendance tabagique est installé par l’industrie du tabac qui attaque en particulier les adolescents parce que c’est en faisant fumer adolescent qu’on va créer la dépendance, modifier le cerveau et faire que l’on fume toute sa vie."

Les politiques ont levé le pied

"Le tabagisme est une maladie qui dépend plus des politiques que des médecins", a analysé Bertrand Dautzenberg, avant de se justifier : "2003-2004 : Chirac dit ‘Je déclare la guerre au tabac’, 1,5 million de fumeurs en moins, deux fois moins de fumeurs chez les jeunes parisiens. Une efficacité fantastique. Depuis trois ans, rien. A l’Elysée, pour la discussion du deuxième plan cancer, Raymond Soubie reçoit les buralistes, mais ne reçoit pas les gens qui s’occupent de la lutte contre le tabac".

Le pneumologue doute donc de la volonté du gouvernement actuel de renforcer la lutte contre la tabac. "Au moment du deuxième plan cancer, il y avait un projet du ministre de la Santé, un projet du ministre du Budget. Nicolas Sarkozy s’est retourné vers le ministre du Budget et lui a donné raison et a donné tort au ministre de la Santé", a-t-il déploré.

"Je sais qu’il y a des lobbyistes dans les deux chambres, au Sénat et au parlement, qui sont là à temps plein, qui invitent et qui influencent les députés", a rappelé Bertrand Dautzenberg.

Le tabagisme passif reste un problème

Interrogé sur les propos du président de l’Institut Necker Philippe Even, qui relativise la dangerosité du tabagisme passif, Bertrand Dautzenberg a un tout autre avis sur la question : "savoir si c’est acceptable ou pas d’augmenter de 15% le risque de cancer chez les non fumeurs… moi je pense que c’est quelque chose de pas acceptable et c’est franchement plus agréable de vivre sans tabagisme passif".

Et le pneumologue d’ajouter : "c’est la personnalité de Philippe Even, qui de longue date est un homme indépendant, grand fumeur de cigare dans les locaux de la faculté depuis toujours et qui a une opinion sur le sujet qui est l’opinion d’un consommateur".

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