Couches-culottes, lingettes, etc. : les parents doivent-ils s’inquiéter ?

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Couches-culottes, lingettes, etc. : les parents doivent-ils s’inquiéter ?
@ DIDIER PALLAGES / AFP
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Une nouvelle enquête sur les couches repose la question de la potentielle dangerosité des produits pour bébé.

Couches, mobilier, jouets, produits de soin… "Les bébés se retrouvent exposés à une multitudes de molécules toxiques", peut-on lire dans le nouveau numéro de 60 millions de consommateurs. Le magazine de l’Institut national de la consommation publie mardi un article sur les couche-culottes. Sur douze références de couches testées, y compris des produits étiquetés "écologiques", dix contiennent au moins une substance indésirable, déplore le mensuel (le détail dans notre article ici). Cette enquête pose une nouvelle fois la question de la potentielle dangerosité des produits pour bébé.

>> Jusqu’à quel point les parents doivent-ils s’inquiéter ? Europe 1 fait le point.

Qu’y a-t-il dans les couches ? Pour les couches, l’institut national de la consommation a testé 12 références : Mots d’enfants (Marque repère / Leclerc), Mots d’enfants écologique (Idem), Love&Green écologique, Toujours (Lidl), Naty by nature babycare, Pampers active fit, Pampers premium protection, Pampers simply dry, Pampers baby dry, Carrefour baby, Carrefour baby éco planet et Pommette agility dry. Résultat : des composés organiques volatils (COV) irritants et neurotoxiques, comme le toluène ou le styrène, sont présents dans neuf des produits testés.

Un modèle, des couches Carrefour pourtant estampillées "Eco Planet", recèle en plus des traces de l'herbicide glyphosate, irritant et cancérigène probable, et d'hydrocarbures toxiques, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), selon le magazine. Les "Baby Dry" de Pampers (marque de Procter & Gamble), de leur côté, contiennent des traces de deux autres pesticides classés cancérigènes possibles, ainsi que de dioxines et furanes, soupçonnés de perturber le système hormonal, selon l'analyse de 60 Millions de consommateurs. Seules deux références ne comportaient aucune des substances recherchées : celles de la marque de distributeur E.Leclerc et les couches "Love & Green", "seule couche écologique de l'essai qui réussit son pari".

"Il n'y a pas aujourd'hui d'évaluation du risque pour le cas de couches appliquées directement sur la peau, toute la journée", déplore Victoire N'Sondé, auteure de l’article.

Les parents doivent se limiter au strict nécessaire

Les produits d’hygiène pointés du doigt… Et ce n’est pas la première enquête du magazine à pointer des produits pour nouveau-nés. En octobre 2014, l’institut national de la consommation avait passé au crible les listes d’ingrédients de 52 produits d’hygiène et de soin pour bébé. Résultat : la majorité des lingettes sont par exemple à proscrire car elles seraient composées “d’une liste noire” d’ingrédients préoccupants

Concernant les soins du corps, le résultat n’est guère plus brillant. Les concentrations de phénoxyéthanol (un conservateur chimique) dans tous les laits, eaux et crèmes hydratantes, dépasseraient le seuil de 0,4% recommandé par l’Agence de sécurité sanitaire (à l’exception de Nivea Baby). Enfin, du côté des gels lavants, le magazine notait une concentration trop élevée de "tensio-actifs" (des produits nettoyants potentiellement irritants) dans la plupart des produits testés (la liste de tous ces produits a été republiée dans le numéro du magazine qui sort mardi).

"Les parents doivent donc se limiter au strict nécessaire" conseille ainsi 60 millions de consommateurs. A privilégier : les produits qui se rincent et qui présentent une liste d’ingrédients restreinte. À traquer autant que possible : le phénoxyéthanol, présent dans de nombreux produits d’hygiène. De manière générale, l’excès de soin est à éviter. La multiplication des soins auraient, en effet, des effets indésirables sur les bébés telles des poussées d’eczéma. Ultime précaution : "méfiez-vous des faux semblants". Aucune règle, en effet, n’encadre la mention "hypoallergénique". Des produits estampillés comme tels peuvent donc contenir des produits allergisants.

… Tout comme certains jouets et meubles. Le magazine rappelle en outre que des jouets sont régulièrement rappelés car ils contiennent des substances nocives. "Ces derniers mois, un avion à friction de marque Toup’ti et un assortiment de dinosaures en plastique vendu en grandes ont été rappelés en raison de la présence de phtalates", souligne 60 millions de consommateurs. La liste est régulièrement réactualisée sur la page du site : 60millions-mag.com/jouet.

Enfin, l’institut national de la consommation prévient : de nombreux matériaux de décoration de la chambre pour bébé contiennent des composés organiques volatils. Il est donc conseillé de terminer la décoration de la chambre plusieurs semaines à l’avance et d’aérer souvent, pour permettre aux polluants de se dissiper. "Pour les peintures, un pictogramme sur l’emballage indique le niveau d’émission de COV dans l’air intérieur. Choisissez l’une des nombreuses références classées A+", complète le magazine.

La réglementation actuelle ne permet pas de protéger la population

Toutes ces études sont-elles à prendre au sérieux ? Après chaque enquête du magazine, les marques avancent le même argument : les doses de substances toxiques présentes dans les produits respectent parfaitement la réglementation européenne. En effet, à très petite dose, aucune des substances incriminées n’est véritablement dangereuse. Le hic ? Les réglementations européennes se basent sur le taux de la substance comprise par le produit, et non sur le degré d’exposition. "La réglementation actuelle ne permet pas de protéger la population, car elle se base sur les règles de la toxicologie classique, qui dit que la dose fait le poison. Or, les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets à des doses infinitésimales. Ce qui compte, c’est la fenêtre d’exposition", résumait, en juin dernier, le député Jean-Louis Roumégas (Europe Ecologie-Les Verts, Hérault), lors d’un colloque organisé sur le sujet.

L’institut national de la consommation n’est d’ailleurs pas le seul à se mobiliser sur cette question. En février dernier, l'ONG Women in Europe for a Common Future (WECF) avait publié une enquête sur la France et était arrivée à une conclusion similaire à celle du magazine : selon elle, 299 produits pour bébé sur 341 seraient composés d'ingrédients à "risque élevé".

En 2012, la Société française de dermatologie s’était, elle, inquiétée de la présence massive d’un conservateur, le méthylisothiazolinone, dans les produits d’hygiène infantile : cette molécule entraînerait un nombre croissant d'irritations et d'eczémas.

Quant au phénoxyéthanol (un conservateur chimique lui aussi présent dans les produits d’hygiène), l'Agence nationale de sécurité du médicament avait recommandé de réduire sa teneur maximale à 0,4% (au lieu de 1% auparavant) pour tous les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans. Sans toutefois l’interdire.

Interrogée en février par le journal La Croix, à l’occasion de la sortie de l’enquête de WECF, Ludivine Ferrer, directrice de l’Asef (association santé environnement France, qui compte près de 2 500 médecins adhérents) reconnaissait une "menace réelle et encore mal identifiée par les parents". Elle conseillait, à l’instar de 60 millions de consommateurs, d’éviter autant que possible les produits chimiques superficiels. Et de privilégier le savon et l’eau aux lingettes.