Le journal de l'économie de Martial You

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Le journal de l'économie de Martial You
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Martial You consacre sa chronique au projet du magnat de la presse américaine, Rupert Murdoch, qui veut rendre ses sites internet payant.

Et si Ruppert Murdoch sauvait encore le monde de la presse écrite. Comment ? Le propriétaire du "Wall Street Journal" ou du "Times" veut rendre ses sites internet payant. L'idée ne convainc pas tout le monde car, pour beaucoup et notamment pour les utilisateurs, le web est le royaume de l'information gratuite.

Ruppert Murdoch fait une nouvelle fois le "buzz" comme on dit sur le web. Le milliardaire est habitué, il n'avance dans les affaires qu'à violents coups de butoir. Depuis toujours, sa société NewsCorp a été à la pointe de l'industrie des médias, souvent en avance d'une guerre. Une guerre éclair, violente et sans pitié. A la fin des années 80, il avait décidé d'imprimer ses journaux ailleurs que dans "Fleet Street", le quartier de la presse londonienne, faisant fi des grèves syndicales que cela avait déclenché. Un peu comme si en France, les patrons de journaux ne cédaient jamais à un mouvement de la CGT du Livre. Murdoch n'avait pas plié et il avait sans doute sauvé la presse britannique en réduisant les coûts d'impression. Cette fois, le propriétaire du très sérieux "Wall Street Journal" mais aussi du trash "News of the World", de la Century Fox au cinéma, de Myspace sur internet et de BskyB en télé veut faire voler en éclat le mode de fonctionnement d'internet en rendant le contenu de ses journaux payant sur le web. Murdoch est reparti en croisade, il a même menacé de choisir le livre numérique de Sony en dénonçant son contrat avec le livre d'Amazon car on pouvait y lire ses journaux sans contrepartie financière suffisante.

Pourquoi ce changement de stratégie, alors qu'il y a deux ans, le même Murdoch ne croyait qu'à l'internet gratuit ?

En ce sens, il est tout-à-fait représentatif du flou dans lequel se trouve la presse aujourd'hui. Murdoch ne veut plus brader ses contenus et ça chamboule tout l'univers des journaux et magazines qui avaient tendance, depuis quelques années, à jouer les pleureuses en se lamentant sur les ventes en baisse perpétuelle mais qui ne voulaient pas contrarier le client de demain, à savoir l'internaute. On est toujours un peu dans ce débat si ce n'est qu'il y a urgence. Le groupe de Murdoch a vu son chiffre d'affaire plonger de 8% sur un an, l'empire NewsCorp perd désormais de l'argent, le marché publicitaire mondial devrait chuter de 25% cette année dans la presse écrite alors que sur internet, l'achat d'espace progresse de 8% depuis janvier. Pour Murdoch, l'internaute est prêt à payer du contenu à forte valeur ajoutée, les outils sont prêts. On imagine un système de micro-paiement sur le modèle d'iTunes, la plateforme de téléchargement de musique d'Apple ou d'utiliser la technologie rapide et facile de PayPal, comme sur eBay. Pour Ruppert Murdoch, il vaut mieux un internaute qui paie que dix qui regardent gratuitement, la course à l'audience qui valorisait les sites jusqu'à maintenant est terminée, selon lui.

Mais tout le monde ne pense pas ça. Pour beaucoup d'internautes, l'information sur internet doit restée gratuite.

C'est toute la difficulté des agences comme l'AFP, Associated Press ou Reuters qui vendent leurs contenus aux agences mais qui les retrouvent souvent gratuitement mis en ligne sur certains portails comme Yahoo!. Internet a modifié la donne, certains dinosaures de la presse en font les frais et disparaissent sous l'effet de la "météorite numérique"... Quel intérêt de lire un magazine comme le vénérable Reader's Digest quand on peut faire sa sélection d'articles soi-même, sur internet, en fonction de ses centres d'intérêt. Le "Reader's", le magazine le plus lu dans le monde, est aujourd'hui en faillite. Le Figaro, l'Express vont bientôt faire payer une partie de leurs contenus sur internet, tout comme le fait "Les Echos" depuis plus de cinq ans. Mais on sent déjà les limites du système... La version payante est possible pour une information à haute valeur ajoutée, avec une expertise pointue et pour une clientèle d'entreprises. C'est ce qui fait que le modèle tient la route pour le "Wall Street Journal" ou le "Financial Times". Mais quel est l'intérêt pour des parutions plus généralistes comme le "Sun" ou le quotidien "The New York Post". L'internaute aura toujours la possibilité d'aller trouver l'info brute, gratuitement, ailleurs. Qui plus est, internet n'a pas fait la preuve de sa rentabilité. Un site payant comme ouest-france.fr ne gagne de l'argent QUE grâce au paiement des petites annonces. En France et aux Pays Bas, on a trouvé un client qui paie rubis sur l'ongle pour sauver sa presse : l'Etat. Mais quelque chose me dit que c'est une danseuse qui va devenir un peu chère à entretenir... L'acharnement thérapeutique des aides publiques serait peut-être même préjudiciable à terme. Murdoch a un mérite : il oblige une nouvelle fois la profession à faire sa révolution culturelle.