Le journal de l'économie de Martial You

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Le journal de l'économie de Martial You
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Martial You consacre sa chronique à la reprise de la croissance. Dans Europe 1 matin, avec Aymeric Caron.

C'était la bonne surprise, hier. La France est sortie de la récession ! Après un an dans le rouge, la croissance repart doucement au deuxième trimestre (+0,3%) grâce à la consommation, à l'industrie automobile et aux exportations avec l'Allemagne. C'est un peu la revanche de la vieille économie.

C'est un peu comme si nous avions été replongés, hier, en 1975, au lendemain du premier choc pétrolier quand le plan de relance Chirac avait permi en un trimestre de passer d'une croissance nulle à +1,9%. C'est un peu comme si toutes les vieilles recettes portaient aujourd'hui leurs fruits : la relance par la consommation qui n'a jamais faibli au coeur de la crise chez les Français. D'ailleurs, la baisse de la rémunération du livret A fonctionne comme prévu et pousse les français à dépenser. Les ventes en supermarché progressent même de 2% depuis janvier. Autre ressort : le vieux couple franco-allemand relance sa zone grâce à une croissance de 0,3% sur les trois derniers mois alors que les autres partenaires comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne restent en récession. France et Allemagne, main dans la main comme Kohl et Mitterrand et voilà nos exportations qui repartent en flèche (-0,2% au 1er trimestre et +1% au deuxième). Le moteur n'a pas changé.

Une relance portée en France et en Allemagne par l'automobile !

Ah l'automobile ! La bonne vieille industrie lourde qui emploie 10% de nos salariés. L'ouvrier de chez Renault Billancourt qu'il ne faut pas désespérer, si l'on en croit un philosophe ! L'automobile, portée à bout de bras par l'Etat qui a injecté plus de 6 milliards dans les caisses des deux constructeurs tricolores, qui va dépenser 400 millions dans la prime à la casse, imitée justement par notre partenaire allemand. L'automobile qui est notre principal exportateur puisque les ventes de Peugeot, Citroën et Renault ont bondi de 11%. La finance a fait plonger l'automobile qui a entraîné l'économie réelle dans sa chute, mais l'automobile fait sortir de la récession. L'industrie lourde au sens large redémarre comme si l'on était revenu au temps des manufactures patriarcales. L'acier et l'aluminium repartent, les usines ont vidé leurs stocks. Pour l'heure, elles restent prudentes, n'investissent pas encore, mais le moral des patrons s'améliore. On n'attend plus que l'immobilier pour faire repartir le BTP avec sa main d'oeuvre locale. On pourra alors s'écrier comme dans les années 70 : quand le bâtiment, tout va !

Si ce n'est qu'on n'est plus en 1970. La donne a changé.

Hélas oui et c'est ce qui nous fragilise. On a réinventé le New Deal, l'Etat providence avec ses grands travaux, mais la mondialisation est passée par là. Souvenez-vous du concept de Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel qui rêvait d'une entreprise sans usine. C'est malheureusement le chemin que prend l'automobile. La France ne conserve que les sièges sociaux et les directions place ses ouvriers dans la colonne des coûts. On fabriquera, cette année, moins de voitures en France qu'en 1968 car Renault ne vend plus qu'une voiture sur 4 produites sur des chaînes françaises. Peugeot, une sur deux. C'est notre talon d'Achille. L'économie repart, timidement, mais cela va aussi s'accompagner de destruction d'emplois massifs, de jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail, comment les français vont-ils vivre ça ? L'inflation va repartir, mais contrairement aux années 70, les salaires ne suivront pas et l'on reparlera bientôt du problème du pouvoir d'achat. Et d'ailleurs Christine Lagarde s'attend toujours à une recul du PIB de 3% sur l'année 2009 et à un chômage qui continuera à progresser jusqu'à la mi-2010.