Le journal de l'économie d'Olivier Samain

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Le journal de l'économie d'Olivier Samain
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Olivier Samain consacre sa chronique aux dons. Dans Europe 1 matin, avec Aymeric Caron.

Les Français retrouvent le chemin de la générosité. Après l'élan provoqué par le tsunami de 2004, ils avaient ralenti le rythme de leurs dons aux organisations humanitaires. Aujourd'hui, ils ressortent leur carnet de chèques. C'est ce que montre l'étude que vient de publier l'association Recherches-et-Solidarités, étude qui s'appuie sur une analyse de l'ensemble des déclarations d'impôt établies par les Français l'année dernière.

En 2007 (dernière année dont les chiffres sont connus puisqu'il y a toujours un an de décalage avec les déclarations de revenus), 6 millions de foyers fiscaux ont déclaré un don à l'administration fiscale. 6 millions, c'est 3% de plus qu'en 2006. Combien ont-ils donné ? Au total, 1 milliard 700 millions d'euros, ce qui représente une progression de 6%. Le don moyen déclaré est de 280 euros par foyer fiscal. Voilà pour les chiffres. Mais ce qu'on retient surtout, c'est que la progression des dons retrouve son rythme de croisière. Le tsunami de la fin 2004 avait déréglé les comportements : 10% des Français qui n'avaient jamais donné jusqu'alors ont fait un don à cette occasion. Mais ils n'ont pas renouvelé leur geste les années suivantes. D'où le tassement constaté en 2005 et 2006. Aujourd'hui, donc, l'accident (si l'on peut dire) de 2004 est effacé.

On retrouve les tendances observées les années passées. En particulier le fait que les foyers les plus modestes sont proportionnellement plus généreux que les foyers plus aisés !

Les foyers qui se situent dans les deux premières tranches (donc les foyers les plus modestes) ont donné des sommes qui correspondent à 0,8% du total de leurs revenus, alors que le pourcentage est un peu en dessous de 0,7% pour les foyers qui se situent dans les trois tranches les plus élevées. 0,8 d'un côté, 0,7 de l'autre : l'écart semble insignifiant. En fait il ne l'est pas tant que ça. L'association Recherche-et-Solidarité a calculé que si les contribuables les plus aisés donnaient proportionnellement autant que les contribuables les plus modestes, 200 millions d'euros supplémentaires viendraient financer chaque année l'action des organisations humanitaires. 200 millions, c'est simple : c'est deux fois ce que rapporte le Téléthon.

Autre tendance confirmée : la générosité n'est pas la même partout en France.

Il y a des régions où l'on donne plus facilement qu'ailleurs. Les auteurs de l'étude ont dressé une carte qui est très parlante. Comme dirait Laurent Cabrol, vous partez du Sud Ouest et vous remontez vers l'Alsace via le Massif Central : vous avez-là "la diagonale de la générosité". Ce sont les régions où la proportion des donateurs est la plus élevée (il faut y ajouter la Bretagne et l'Ile de France). Quant aux régions où l'on donne le moins, c'est le Nord-Ouest, le Centre, la Provence, la Côte d'Azur et la Corse.

6 millions de donateurs, c'est 1 foyer imposable sur 4. Objectivement, les Français pourraient faire mieux.

D'autant que le régime fiscal est fortement incitatif : quand vous faites un don de 100 euros, vous avez droit à une réduction d'impôt de 66 euros, voire, dans certains cas, de 75 euros ! Mais peu de Français le savent et l'Etat n'a jamais véritablement fait de pédagogie sur le sujet.