La vie là bas – Sophie Larmoyer

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La vie là bas – Sophie Larmoyer
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Le Sénégal et l'homophobie

Comme c'est aujourd'hui la journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, on revient avec vous sur une histoire qui a beaucoup ému ces derniers mois : l'incarcération au Sénégal d'un groupe d'homosexuels. Sophie Larmoyer ?

Oui, vous vous en souvenez peut-être, on en avait parlé en janvier ici même : neuf hommes accusés d'avoir célébré dans un cadre privé ce qu'on appelait là-bas un mariage homosexuel et qui avaient été condamnés à 8 ans de prison !

Il faut rappeler Sophie que le Sénégal est un pays à 90 % musulmans et qui, comme beaucoup de pays d'Afrique, pénalise l'homosexualité.

Absolument, c'est complètement tabou même. La justice sénégalaise est revenue sur cette condamnation et le 20 avril dernier, il y a à peine un mois, ces neuf personnes ont été remises en liberté. Seulement, ces libérations ont créé une véritable polémique dans le pays. Selon Me Assane Dioma Ndiaye, avocat et président de l'organisation nationale des droits de l'homme au Sénégal les réactions ont été vives : "D'un côté, il y a eu un tollé chez les religieux. On a pensé qu'il y avait des pressions extérieures venant de la France [...] et de l'autre côté, il y a une frange intellectuelle sénégalaise qui a estimé qu'il s'agissait d'une affaire strictement privée et que les juges avaient rendu une décision conforme à la loi". Et cette opposition ne provient pas seulement d'une minorité de la population. En effet, pour une majorité de Sénégalais, il est normal que l'on puisse être incarcéré pour une orientation sexuelle.
Depuis leur libération, des menaces commencent à peser sur ces neuf homosexuels au point que l'un d'eux, menacé de mort à plusieurs reprises, a dû s'exiler aux Etats-Unis avec l'aide de plusieurs ONG. Selon Me Ndiaye, les personnes qui se voient contraintes de demander un asile politique à l'étranger à cause de leur homosexualité sont d'ailleurs de plus en plus nombreuses, d'autant qu'il est actuellement impossible pour un Sénégalais qui ne fait partie d'aucune organisation de militer ouvertement et d'organiser des défilés comme nous le faisons en Europe.