La revue de presse de Michel Grossiord

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La revue de presse de Michel Grossiord
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Les réactions se multiplient après la publication de l'interview de Nicolas Sarkozy par le Nouvel Observateur.

Huit pages qui ne passent toujours pas, au sein même de l’hebdomadaire ! Des journalistes dénoncent l’opération, une nouvelle AG est prévue aujourd’hui et le service Culture n’est pas le moins en pointe en dénonçant l’abandon de la couverture prévue sur Michael Jackson.

Huit pages qui heurtent aussi les lecteurs. Sur le site du journal, la rubrique "le débat le plus actif" porte bien son nom : avalanche de réactions sur le Sarkonouveau, de fidèles qui, comme le socialiste Claude Bartolone, disent avoir "mal à leur Nouvel Obs." Le directeur de la rédaction, Michel Labro, retourne le compliment dans Libération : "Moi, j’ai mal à mon PS !" Et toc, même si le responsable du journal reconnaît que les conditions de l’interview "posent problème", et juge légitimes les interrogations sur une instrumentalisation de l’hebdo par un Nicolas Sarkozy enclin à lisser son image. Dans l’hebdo, très bonne photo de Nicolas Sarkozy style "entretien approfondi". Une image bien meilleure que celle qui tourne en boucle du discours devant le Congrès de Versailles, sur laquelle revient Favilla, des Echos. Nicolas Sarkozy encerclé, assiégé par les plis avachis d’un velours cramoisi, envahissant, soutaché d’or, évoquant plutôt les rideaux de scène des opérettes d’Offenbach ou les tentures des maisons de rendez-vous de Feydeau ! Bref, selon Favilla, une tenture à qui il ne manque que les plantes vertes et qui transforme notre président suractif en président – chrysanthèmes. Son conseil : "L’Elysée ferait bien de nommer un conseiller spécial aux décors qui entourent le président". Le Nouvel Observateur fut, cette semaine, un bien meilleur écrin.

Critiqué, L’Obs peut aussi attaquer, mais sur un autre sujet.

Il y a dans la livraison de la semaine un article titré "Madame Amaury et sa cassette" : départ demain du 96ème Tour de France, avec Lance Armstrong, un retour scenarisé par la patronne du Tour et chantre de l’actualité heureuse du sport, écrit l’hebdo. Oubliés les soupçons de dopage et le passé sulfureux du coureur américain ? Le Parisien, du groupe Amaury, titre sur "Le vrai visage de Lance Armstrong". Trois pages sur les femmes de sa vie, sa lutte contre le cancer, sa fondation, son business. C’est un « personnage hors normes » qui ressort du portrait général, même si les soupçons de dopages sont rappelés. L’Equipe, qui avait publié une enquête à charge en 2005 à partir des données du laboratoire de Châtenay-Malabry, interviewe longuement Lance Armstrong mais ne l’interroge pas sur le dopage, comme si le sujet était désormais derrière lui. Derrière lui, peut être. Derrière nous, certainement pas, expliquent Les Echos, qui se rangent dans les camps des sceptiques : la culture du dopage, voire de la drogue, domine dans le peloton. L’EPO, désormais quasi indétectable, fait toujours la course en tête. On verra si Lance Armstrong sera accueilli en héros ou en pestiféré. L’attrait pour le Tour demeure, L’Equipe sort un supplément de huit pages avec le cri du cœur de Gérard Ejnès : en 2009, a-t-on encore le droit de s’enthousiasmer pour le Tour de France, de fantasmer en étudiant le parcours. Oui, cent fois oui, mille fois oui ! On aurait tort de se gêner. Il y a les coureurs mais, avant, la caravane publicitaire est déjà un gage de bonheur momentané, "quand recevoir en pleine poire un petit saucisson est un moment d’extase"

Le Tour arrive avec les vacances

Ce n’est pas la fête qui domine en la matière et la presse, de La Croix à L’Humanité, évoque d’abord la crise. Moins de départs, moins de dépenses, personne n’est épargné. Même pas les riches, nous assure Le Figaro magazine à paraître demain. Sans blague, les paradis secrets des riches demeurent - c’est le sujet de couverture - mais quelque chose à changé au pays des grandes fortunes, lit-on. Le bling-bling n’est plus dans l’air du temps. Après tout les happy few ne sont-ils pas comme tout le monde : en quête de repères et de valeurs dans un monde qui part dans tous les sens ? L’hebdo se pose la question et nous emmène dans toutes les destinations chics, où il reste possible, à Saint Tropez ou du côté de l’Atlantique, de trouver des endroits "pas trop prisés des touristes en short" ou "du commun des mortels". Traduction : les pauvres...