La revue de presse de Michel Grossiord

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La revue de presse de Michel Grossiord
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Catastrophe aérienne à la Une. Tous les journaux s'interrogent sur les mystères du vol 447.

Beaucoup de questions demeurent, reprises en boucle, sur un drame encore inexpliqué...

Le "mystère" du vol 447 sera-t-il d’ailleurs un jour totalement levé ? Quelques journaux en doutent et nous ramène au temps des pionniers, à Jean Mermoz le premier à avoir sombré corps et bien dans les eaux de l’immense Atlantique. Les interrogations lancinantes taraudent avant tout le cœur des parents des victimes, souligne Dominique Quinio de La Croix. Ils se réjouissaient hier des retrouvailles à venir. Ils sont aujourd’hui abandonnés sur ce qu’Olivier Picard appelle dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace "un cheminement douloureux". D’autant plus douloureux qu’il mène au vide avec la disparition de toute trace de vie, ou de toute trace tout court, à laquelle se raccrocher. Besoin de comprendre après la brutalité de l’annonce de la catastrophe. "Rien n’effraie davantage que ce qu’on ne voit pas", surtout dans nos sociétés de l’information qui veulent tout contrôler et rejettent instinctivement l’anomalie, l’exception, le "mystère", mot qui barre les Unes. "Les autorités en savent-elles plus ?" s’interroge Jean-Michel François dans L’Union, qui a entendu hier le secrétaire d’Etat aux Transports lâcher hier cette phrase clé : "Toute hypothèse serait fausse et erronée". C’est peu ou prou ce que disent tous les experts consultés par la presse, les mêmes pilotes qui s’expriment d’un journal l’autre comme le spécialiste François Grangier qui incite à la prudence. Il va falloir reprendre toutes les pièces du puzzle pour l’enquête.

Mais ce qu’on lit dans la presse sur une possible accumulation de circonstances n’est pas pour rassurer...

Prendre l’avion est banal. Traverser une zone de turbulences aussi, mais on est fondé à craindre les secousses qui peuvent "briser les ailes d’un avion", explique François Grangier dans Le Figaro. L’orage. La foudre. Une rencontre banale à 10.000 mètres d’altitude. L’avion, nous assurait-on, est protégé par sa carlingue, le métal produit un effet "cage de Faraday" : la foudre est évacuée via le fuselage. Sauf qu’un éclair peut aussi perforer l’appareil. Le problème de la foudre se posera de manière beaucoup plus aigu sur les avions en composite de la prochaine génération, comme le Boeing 787 et l’Airbus A350, ajoutent Les Echos pour faire bonne mesure. Contrairement aux carlingues métalliques, les fuselages de nouvelle génération n’offrent pas de protection suffisante (il faut les doubler avec des structures métalliques dont l’efficacité reste à démontrer sur le long terme). Autre question soulevée par la catastrophe du Rio-Paris : l’avion volait de nuit, l’équipage ne pouvait compter sur son radar météo mais pas sur la vue pour repérer les cumulonimbus qu’on croise dans le fameux pot au noir, l’une des plus dangereuses du globe. On a aussi découvert hier qu’un avion de ligne disparaissait des écrans radars au-dessus de l’Atlantique (il n’y en pas).

Tout ceci ne doit pas faire oublier que la probabilité d’être victime d’un accident en vol est infime.

O,OOO1%, précise L’Humanité. Moins d’un accident pour un million de départ. Le taux d’accidents est de plus en plus faible. L’an dernier, 876 personnes ont trouvé la mort dans des accidents d’avions sur un trafic mondial de près de 2 milliards de passagers. L’avion reste un moyen de transport les plus sûrs au monde ! Les calculs de probabilité n’arriveront pas à rassurer, après cette catastrophe. L’état de choc qui a frappé la France, le Brésil et la compagnie Air France relègue bien sûr au second plan les autres sujets de l’actualité. Roland Garros... General Motors nationalisée... font la Une de L’Equipe pour l’un, de La Tribune et des Echos pour l’autre. L’actualité oblige à rester dans la gravité.

L’anniversaire du printemps de Pékin.

Tian An Men, 20 ans après la répression sanglante, les autorités chinoises refusent toujours de reconnaître la nature et l’ampleur des manifestations. La censure totale sur cet événement a créé un grand vide intellectuel dans le pays. Dossier dans La Croix. Huit pages centrales dans Libération qui s’ouvre par ces lignes. "Il fait bon vivre en Chine". On s’enrichit, on consomme, on s’amuse, on voyage, on visionne tous les films du monde en version piratée, on tchatche sur internet. Il fait bon vivre, jusqu’au jour où, sans vraiment s’en apercevoir, on sort des clous. Vous êtes invité à prendre le thé par d’aimables policiers en civil qui savent déjà tout de vous, de vos études, de vos derniers rendez-vous. C’est un moment désagréable où l’on vous fait signer une autocritique et la promesse d’arrêter toute action subversive. La mésaventure peut s’arrêter là, ou se poursuivre dans un camp de travail.