La revue de presse de Michel Grossiord

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La revue de presse de Michel Grossiord
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Julien Coupat, un grand délire intello-révolutionnaire dans Monde

Etonnante pour ne pas dire effarante, souvent glaçante prose qui court sur une page du Monde...

Un jeu de questions-réponses avec Julien Coupat, le principal suspect dans l’affaire des sabotages de lignes SNCF, incarcéré depuis six mois alors que les investigations semblent au point mort. Un dossier pour le moins embourbé. Etonnante tribune composée des réponses fournies par écrit par Julien Coupat de sa cellule de la Santé, où, précise t-il d’emblée, ironique, "je vis très bien ma détention. Tractions. Course à pied. Lecture." Les questions lui avaient été transmises par deux journalistes du Monde qui, en retour, auront noté l’amabilité les concernant, puisque l’animateur du "groupe de Tarnac" parle des "journalistes aux ordres" de ce quotidien qui avait eu l’audace d’évoquer "la mouvance anarcho-autonome". S’il n’a rien à se reprocher (une revendication des sabotages des lignes de train est venue d’Allemagne, signée d’opposants aux transports de déchets nucléaires), Julien Coupat n’a rien à faire en prison - il n’y a pas de délit d’opinion en France -, mais ses opinions méritent qu’on s’y arrête. Les policiers venus l’arrêter ? Des "ravisseurs", écrit-il, qui "nous ont séquestrés dans une de leurs prisons du peuple". Le terrorisme ? "Impossible de le définir". Il est selon Julien Coupat une création volontaire de l’antiterrorisme, "méthode par quoi l’on produit l’ennemi politique en tant que terroriste". Les élections ? "Des plébiscites aux apparences démocratiques". Le pouvoir doit être à la rue, "le seul ennemi réel au gang sarkozyste". Pour Julien Coupat, Olivier Besancenot n’offre comme perspective que la grisaille soviétique à peine retouchée par Photoshop.

Mais lui, qu’offre t-il ?

Un discours qui séduira certains et épouvantera les autres qui y verront soit les accents des Khmers rouges soit une phraséologie comique. Alors que la planète s’alarme du Docteur Folamour nord coréen, la France a son révolutionnaire en herbe qui doit à sa détention provisoire cette longue tribune dans Le Monde qui note par ailleurs à la Une de son édition que le malaise social qui domine réveille les tentations populistes plus certainement que le risque révolutionnaire en France. "En ce printemps 2009, analyse Michel Noblecourt, ce qui apparaît sous les pavés, c’est une forme de déprime collective tissée par une kyrielle de colères individuelles".

Je peux vous parler d’une autre interview politique, mais tellement convenue : François Bayrou dans Libération.

Accroche de Une : "Les socialistes ne me sont pas étrangers". En fait, le président du Modem dit précisément que les électeurs socialistes ne lui sont pas étrangers. Le PS, comme l’UMP sont pour lui "le gang des hypocrites" (Tiens, Julien Coupat parle du gang sarkozyste !) C’est pour "casser les attaques sur l’Etat-UMP", dixit Brice Hortefeux dans Le Monde, que Nicolas Sarkozy entend poursuivre l’ouverture. Le nom de Richard Descoings, le patron de Sciences-Po en charge d’une mission sur la réforme du lycée, est évoqué pour remplacer Xavier Darcos. Un énarque qui a plusieurs expériences au sein de cabinets ministériels de gauche (avec Michel Charasse et Jack Lang). Dans le même temps, le tir de barrage s’intensifie contre Claude Allègre. Publiquement : Nicolas Hulot, Alain Juppé, le spécialiste du climat Jean-Marc Jancovici qui dans Le Figaro voit en Claude Allègre, "un négationniste en matière d’environnement. C’est, lance ce conseiller de Nicolas Hulot, le Faurisson du climat". En coulisse, les attaques redoublent aussi, assure Le Figaro : de Matignon à Bercy, personne ne veut voir entrer au gouvernement Claude Allègre. Christine Lagarde persifle devant ses proches : même les Japonais ont abandonné la formule d’un grand ministère de l’innovation et de la recherche qui date des années 70. Enfin, un ministre soigne ses relations avec l’Eglise : Brice Hortefeux, qui avait écrit une Lettre aux Evêques quand il avait en charge l’immigration, publie une tribune dans La Croix pour signifier que le dimanche restera un jour pas comme les autres. Ceux qui veulent pourront travailler par dérogation dans certains commerches, c’est le sens de la proposition de loi en passe d’être débattue, mais il y aura des dérogations aux dérogations ! Explication : lors d’un mariage ou de la naissance d’un enfant, Brice Hortefeux assure, reprenant une suggestion de Monseigneur Vingt-Trois, que le volontaire du dimanche pourra rester chez lui !