La revue de presse de Michel Grossiord

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La revue de presse de Michel Grossiord
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Scoop à la Une, 100 ans après... Van Gogh ne s'est pas coupé l'oreille tout seul.

Un autoportrait de Vincent Van Gogh à la Une du Figaro... L’annonce d’une grande expo ? Non mais d’un livre de 400 pages, fruit de 10 ans de recherches, dans lequel deux historiens allemands reviennent sur ce qui s’est passé le soir tragique du 23 décembre 1888. L’histoire connue est celle de Van Gogh au bout de sa folie, poussé à l’automutilation au moyen d’une lame de rasoir, après une dispute avec son ami Gauguin qu’il accueillait dans son atelier d’Arles. Nos deux universitaires de Hambourg "révèlent" que l’oreille coupée est le fait de ce dernier. Accident ou pas ? S’agissait-il simplement de faire reculer Van Gogh ? On l’ignore, mais Gauguin aurait porté un coup de sabre fatal avant de disparaître (Van Gogh n’aurait rien dit pour protéger son ami). Quelques années plus tard, à Tahiti, Gauguin peint des tournesols sur un fauteuil. "En son centre, écrit Eric Biétry-Rivierre du Figaro, la fleur semble un œil fixant le spectateur. Le remords de Caïn dans la tombe ?" Les hypothèses les plus audacieuses ont cours. Mais une chose est sûre : Gauguin était un excellent escrimeur. Ce qui m’amène à la métaphore du jour : Nicolas Sarkozy-escrimeur ? Dans les articles consacrés aux deux ans de sa présidence (une page dans Le Progrès de Lyon ou Le Parisien), je relève le commentaire du conseiller social du Chef de l’Etat. Voit-il Nicolas Sarkozy en maître d’armes ? Interrogé sur le ‘stop and go’ des réformes (l’Elysée hésite de moins en moins à temporiser voire à faire machine arrière), Raymond Soubie déclare dans Les Echos : "Très souvent, dans ce pays, on part sabre au clair puis 10 jours plus tard on se retrouve sabre au fourreau. Nicolas Sarkozy veut aboutir et si, pour aboutir, il doit concéder des arrêts tactiques, et bien il le fait." Deux ans après l’élection présidentielle, trois ans avant la prochaine, le rendez-vous de 2012 est en vedette. "Comment le battre ?". Manchette de Libération qui de façon assez solennelle, l’édito de Laurent Joffrin fait une page, appelle à la constitution d’une grande coalition républicaine, sociale et écologique allant du PS à François Bayrou en passant pas Dominique de Villepin. Et Laurent Joffrin de vanter François Bayrou auprès des socialistes, "centriste reconverti dans l’insolence, ancien bègue maniant le verbe comme une épée" ( !) Bayrou pourrait devenir l’ennemi principal de l’Elysée selon Libé alors que pour Le Figaro il inquiète les socialistes (avec le risque d’une nouvelle élimination du candidat du PS au premier tour de la présidentielle). Le ton a changé dans les journaux sur la grippe A... On relativise désormais sa gravité au point que L’Humanité à la pointe du combat social s’interroge, je cite, "sur cette espèce d’enfumage médiatico-politique concernant la menace. Pendant la crise, la grande peur. Voilà une bien belle occupation du temps de cerveau disponible, ne trouvez-vous pas ?", écrit Jean-Emmanuel Ducoin. De Barak Obama à Margaret Chan, qui dirige l’OMS, les autorités expliquent qu’il vaut mieux un excès de précaution que pas assez. La crise, bien là : en témoignent le nombre grandissant de surendettés. Une inquiètante flambée des dossiers, d’après le bilan des commissions de surendettement dressé par la Banque de France et publié par Libé. Plus de 20.000 ménages concernés par mois, souvent victimes de fins de contrats d’intérim ou du chômage partiel, des taux du crédit revolving (qui tutoient les 20%, limite supérieure de l’usure), mais aussi, le journal ne le nie pas, de leur part d’irresponsabilité dans leurs achats. Libé toujours, avec une étonnante page pratique : "trucs et astuces" : l’art de survivre sur son lieu de travail un lendemain de cuite. Une série de témoignages aussi sombres finalement que les précédents, les naufragés du crédit, sur la façon de ne rien laisser paraître quand on arrive au boulot un lendemain de bamboche. L’œil en bordure de jambon, la tronche en travaux, écrit Libé. Pire paraît-il qu’un syndrome du lundi matin.