L'édito politique de Claude Askolovitch

  • A
  • A
L'édito politique de Claude Askolovitch
Partagez sur :

Nicolas Sarkozy s'invite au Nouvel Obs

Marc-Olivier Fogiel : Nicolas Sarkozy regrette la soirée du Fouquet's et ses énervements du début de mandat. Il le dit dans son interview au Nouvel Obs'... Alors, Claude, le nouveau Sarkozy, c’est de la com’ ou de la politique ?

C'est de la communication, parce que c'est dans un journal, mais ce n’est pas faux. Le président change, il change vraiment, et il veut nous le montrer. Publiquement, on est dans une séquence qui a commencé à Versailles quand le président avait retiré les mots "discrimination positive" et "laïcité positive". Là, il continue, il purge. Il ne faut pas que ca devienne un gimmick, mais ce qu’on voit, c’est un travail sur lui-même qui a commencé il y a plusieurs mois.

Ca correspond à la fois à une nouvelle assurance et une nouvelle gravité. Sarkozy n’est plus un président menacé, mais le président d’un pays en danger. Il y a aussi le rôle de Carla Sarkozy. Il y a beaucoup de choses amusantes et assez imprécises qui sont écrites sur le rôle de Carla Sarkozy... Non, elle ne fait pas les nominations et elle n’a pas non plus fait découvrir les livres à son mari : son rôle fondamental, c'est d'avoir amené Sarkozy à comprendre que l'agressivité de la conquête n'avait aucun sens quand on était au pouvoir.

Marc-Olivier Fogiel : donc il a vraiment changé...

On ne change jamais totalement. Sarkozy a une manière d'être direct, de ne pas être dans les codes du langage politique qui reste. On l'a vu dans son échange avec Netanyahou, que la presse a raconté, son tutoiement, et Liberman qu'il compare à Jean-Marie Le pen... c'est toujours Sarkozy. Ce qui change c'est une manière d'être avec lui-même et dans sa fonction. Il y a aussi quelque chose de très calculé dans ces concessions. Elles protègent le reste, c'est-à-dire l'essentiel ; le fond de la politique, les mesures, le bouclier fiscal. Si les seuls problèmes que posait Nicolas Sarkozy étaient de l'ordre du style et du bling bling, alors il n'y aurait pas grand chose à lui reprocher ! Ce n'est d'ailleurs pas ce que font nos confrères de l'Obs, ils vont le chercher sur le fond. Mais là, Sarkozy revendique son action tranquillement.

Marc-Olivier Fogiel : et que le président fasse ça dans un journal de gauche, cela compte évidemment ?

C'est même fondamental ! L'Obs est aussi un très grand journal français et un journal intellectuel, avant d'être de gauche. C'est une preuve de sa volonté de dialogue et aussi une manière de jouer avec la gauche comme le chat avec la souris. Il y a plusieurs ouvertures possibles ; le débauchage des hommes, le vol des idées... Maintenant, il y a ce côté je fais comme chez moi. Là, Sarkozy parle pendant 8 pages dans le grand hebdomadaire de la gauche. Il est chez eux, et il y est bien, tranquillement. En creux, il suggère aussi que l'opposition politique n'est pas capable d'un tel échange démocratique. L'opposition idéale s'appelle Denis Olivennes et pas Martine Aubry ! Maintenant, on pourrait aussi suggérer au président de s'asseoir pendant trois heures, publiquement, face à un opposant politique. Ca serait aussi inédit.