L'édito politique de Claude Askolovitch

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L'édito politique de Claude Askolovitch
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Le remaniement

Marc-Olivier Fogiel : l’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch. Le remaniement encore, pour comprendre ce qui va se jouer au gouvernement. Et pour vous Claude, il ne faut pas seulement regarder les nouveaux venus...

Non. Un remaniement, c’est une histoire que le pouvoir raconte au pays et aux médias, donc c’est une distraction aussi ! Un, ce qui est important, ce n’est pas forcément ce qui est nouveau. Regardez les constantes et vous avez le dur de la politique gouvernementale : Fillon, Woerth, qui récupère la diminution des effectifs de l’administration, Borloo, qui est un peu plus mis en valeur. Donc, l’environnement et les finances.
Ensuite, dans les ministres que Sarkozy a fait bouger, vous constatez qu’il y a des privilèges ; quand est un ministre d’expérience, on a une deuxième chance ! C’est les trois grands ministres qui ont été dans le jeu de tourniquet : Hortefeux, Alliot-Marie et Darcos, puisque que la majorité n’a pas tellement de poids lourds en réserve, on les réutilise, même si on n'est pas enchanté.

Marc-Olivier Fogiel : mais ces trois là avaient vraiment échoué ?

Ils étaient en panne, ou ils étaient au bout d’une histoire parce qu’il y avait un problème de casting, ou de l’épuisement. Darcos n’en pouvait plus de l’éducation nationale, mais il a pris l’habitude de prendre des coups. Aux affaires sociales, il va devoir faire passer la réforme de la retraite donc sa deuxième chance n'est pas un cadeau. Michèle Alliot-Marie ensuite. Elle ne savait pas faire du Sarkozysme, c’est-à-dire utiliser et dramatiser la sécurité et l’insécurité pour attraper l’opinion. Mais justement, à la Justice, on a sans doute besoin d’un ministre qui aura son rythme, qui sera à la fois dans l’autorité et dans la rigueur républicaine. Quant à Brice Hortefeux, il parle le sarkozysme par coeur puisqu’il est le meilleur ami du président. Donc c’est naturel de le retrouver dans le jardin du sarkozysme : l’intérieur. Mais il y a évidemment un échec : il devait élargir sa palette avec les relations sociales, c’est une expérience qui tourne court. Sur la retraite à 60 ans, il a été un peu rapide et il revient à la maison, dans sa famille, où il va, certes, rester un grand ministre, mais le grand ministre ami du patron...

Marc-Olivier Fogiel : Mais tous les amis n’ont pas droit à une deuxième chance…

Ca c’est une leçon. On disait que Sarkozy ne savait pas être méchant. On avait tort. Il est parfaitement capable de laisser tomber des ministres. Christine Boutin, pensait être intouchable parce qu'elle incarnait le catholicisme de gouvernement, mais Boutin n’est pas une amie de Sarkozy. Plus intéressant, il vient de débarquer des gens qui l’ont accompagné depuis des années. Donc Karoutchi, donc Jego, qui avait beaucoup fait pour Sarkozy. Il y a dix ans, quand il était au fond du trou, c’est lui qui l’avait initié aux mystères et aux charmes des banlieues difficiles. Et puis il y a Laporte, dont la principale qualité était d’être un pote du président. C’était juste une mauvaise idée, mais c’était la mauvaise idée du président ! Et Rama Yade, qui remplace Laporte, elle doit bien mesurer sa chance. Elle, c’est sa popularité qui la rend invirable... pour l'instant.