L'édito politique de Claude Askolovitch

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L'édito politique de Claude Askolovitch
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Seul à Versailles.

L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch... On vient d’écouter Benoît Hamon... Vous, Claude, ce qui vous a frappé, hier, c’est la solitude de Nicolas Sarkozy... La solitude du roi... à Versailles ?

Non, la solitude d’un homme qu’il n’a plus d’ennemi... Sarkozy est seul, parce qu’il n’y a plus de rival à droite, plus de menace à gauche... ça ne veut pas dire qu’il est tranquille, en pleine crise mondiale... avec encore des mois de chômage devant nous... Mais le danger ne vient plus du monde politique. Et c’est quelque chose qui ne lui est jamais arrivé... Il s'est construit toute sa vie dans le conflit, et avec des ennemis qui voulaient le détruire et qu’il voulait écraser... Chirac, Villepin, Royal, Bayrou... Sa problématique politique était un miroir de ces combats... la rupture, la violence, l’impatience. Et là soudain, il n’y a plus personne... Sarkozy doit se construire sans ennemi. Comme tous les présidents, il a la tentation de l’histoire, il veut s’installer en protecteur de la Nation... Il n’attise plus les conflits, mais il veut les apaiser... Il le souligne lui-même. Il est revenu sur des mots qu'il avait employé... "laïcité positive" et ou "discrimination positive". Il les a retiré.... A l'international, il parle de l'économie de coopération. Sur le plan national, il insiste sur la cohésion, la protection sociale... Il va encore dépenser pour la protection des victimes des licenciements... et il veut améliorer la condition des prisonniers, parce que les prisons sont une honte pour la République... L’homme de droite en rupture, ressemble parfois à un social démocrate scandinave...

Et ce Sarkozy apaisé, il va durer ?

Sinon, on ne va plus le reconnaitre? Si l'apaisement, c'est l'ennui, Sarkozy se perd. Donc il lui faut du mouvement, donc cette l’idée que la crise oblige encore plus aux réformes.... Sarkozy va installer un ennemi général : le conservatisme. Les mauvaises habitudes du pays qui n’a pas pu réformer, et qui est donc injuste avec ses jeunes, et qui doit diminuer le nombre de fonctionnaires, et qui doit faire la réforme territoriale, pour être plus efficace... Sarkozy est capable d’énervement... contre tout ce qui freine le changement... Il aura en face de lui des gens de droite, et des gens de gauche. On va retrouver chez lui des impatiences, ou des guerres... Mais elles ne sont pas encore incarnées.

MOF : Et l'opposition politique, elle n’existe plus?

Elle existera. Pour l'instant, elle est face à Sarkozy comme les russes face à Napoléon. Elle se dérobe,elle le harcèle et c'est la terre brulée. On n'est pas sur que ce soit un choix délibéré ou la conséquence d’une incapacité à proposer quelque chose. Il y a un angle d'attaque possible sur Sarkozy... c'est le plus compétent des socialistes, Didier Migaud... qui l'a exprimé hier... c'est l' explosion des déficits publics... et il faudra bien les combler un jour... Mais outre le fait qu'il l'a dit dans le monde et pas à la tribune, c'est un argument compliqué. Parce que Sarkozy creuse les déficits pour protéger les victimes de la crise... si les socialistes lui reprochent d'être social... tout a vraiment changé !