L'édito politique de Claude Askolovitch

  • A
  • A
L'édito politique de Claude Askolovitch
Partagez sur :

Daniel Cohn-Bendit, un investissement durable ?

Marc-Olivier Fogiel : l’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch. Dany Cohn-Bendit a emmené les écologistes au paradis européen, mais est-ce qu’il peut devenir maintenant un personnage majeur de la vie politique française ?

Si on regarde le parcours de Cohn-Bendit, la réponse est non. Il va faire comme d’habitude, il vient, il nous étonne, il rafle la mise et puis il s’en va. Après 68, il était parti plus de 20 ans, (pas forcément de sa faute d'ailleurs, puisqu’il avait été expulsé), et après 1999, il était reparti 10 ans. A chaque fois, c’est la même chose : Cohn-Bendit fait voler le paysage politique en éclats et il nous laisse avec les dégâts ! Et il fait surtout des dégâts dans sa famille, à gauche.
En 1968, il avait ringardisé la CGT et le PC, il les appelait "les crapules staliniennes". Là, il a littéralement détruit Bayrou et ses ambitions présidentielles et il a ridiculisé le Parti socialiste. Grâce à Dany, les Verts font la fête, mais le reste de la gauche et du centre sont un champ de ruines...

Marc-Olivier Fogiel : ça lui donne quand même des responsabilités !

Sans doute, mais il ne forcera pas sa nature. La force de Cohn-Bendit, c’est sa liberté et son égoïsme. Donc il y a des choses qu'il ne fera pas : construire un parti écologiste ici ou construire une candidature à la présidentielle. Ce n’est pas pour lui ; il adore etre au centre du jeu mais il ne veut pas devenir le roi de France. Il n'est pas français et ne veut pas le devenir avant 2012 pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté ; ça, il me l’a dit hier soir.
Ca ne ne veut pas dire qu’il n’y a aucun rôle possible pour Cohn-Bendit : si on regarde la situation politique, les Verts ne pèsent pas 16% ! Beaucoup d’électeurs socialistes ont voté Europe écologie, Cohn-Bendit appartient à toute la gauche, pas seulement aux écolos, donc il peut parler à tout le monde, jouer un rôle dans la reconstruction. Pas comme chef, mais comme un homme de bonne volonté, qui a gagné mais qui ne veut pas abuser de sa victoire.

Marc-Olivier Fogiel : Et ça, il va le faire d’après vous ?

Pour l’instant, il veut le faire en Europe. Il veut construire au Parlement européen une alliance entre les socialistes, les Verts et le centre pour battre Barroso. La question, c'est qu’il se décide à faire la même chose, ici, en France et qu’on le laisse faire parce que la gauche française est plus rigide, plus boutiquière et plus sectaire. C’est pour ça que Cohn-Bendit se méfie.
Si le choc du scrutin fait dégonfler les ego, si Bayrou est dégrisé, si le PS comprend qu’il est très malade, il y a quelque chose à tenter. Et là, le vieux Dany peut devenir un sage, ou un grand frère. L’homme qui va tendre la main, qui va pardonner à Bayrou, qui va consoler le PS, qui va aider à organiser des primaires pour toute l’opposition !
Si on aime le football, le rôle de Cohn-Bendit pourrait être celui d’un passeur de ballon. Un numéro 10, c’est-à-dire un individualiste généreux. Mais le Messie ne sauve que ceux qui veulent etre sauvés.