L'édito politique de Claude Askolovitch

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L'édito politique de Claude Askolovitch
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Rachida Dati soigne sa sortie

MOF : L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch… Rachida Dati va peut-être échapper au mouvement des prisons ! Cette nuit la ministre a cédé aux syndicats de surveillants pénitentiaires... Il valait mieux, parce que ce conflit était en train de gâcher sa sortie !

C.A : Et c’est une histoire presque morale ! Exactement un mois avant l’élection européenne, donc avant son départ du gouvernement... Rachida Dati a été obligée de faire son travail de ministre dans ce qu’il a de plus ingrat... Elle a négocié avec des fonctionnaires en colère... elle accepté un face-à-face avec des syndicats qui étaient en position de force... et puis elle a cédé... parce que c’est la seule chose à faire ! Evidemment ce n’était pas du tout à son programme ! Le sujet de Rachida Dati, depuis plusieurs semaines... c’est elle-même, et son image. Elle veut partir en bon état politique et médiatique après la campagne des européennes ! Et elle a mis en place toute une stratégie de communication... avec des sourires éclatants d’une femme blessée mais forte et radieuse, une légende revisitée, des photos de familles. Et dans le magazine l’express, des confidences sur sa grossesse et sur ses relations avec Cécilia ex-Sarkozy et avec Carla Bruni-Sarkozy... Les gardiens de prison se sont donc invités dans une séquence people...

MOF : Et cette contradiction entre une communication people et son travail de ministre, ça a toujours été la faiblesse de Rachida Dati selon vous...

C.A : Elle a voulu en faire une force. Elle a voulu aussi se protéger en jouant de son côté star... y compris dans sa relation avec Nicolas Sarkozy ! Mais le côté belles robes de beaux couturiers et belles photos sur papier glacé... a beaucoup joué contre elle. Les juges l’ont énormément détestée aussi à cause de ça... Dati leur répondait en inversant l’accusation... elle expliquait que les magistrats la rejetaient parce qu’ils étaient conservateurs, ils ne lui pardonnaient pas d’être une ministre différente, partie de tout en bas pour arriver si haut ! Elle faisait de la lutte des classes ! Avec les gardiens de prison, ce genre d’argument était impossible ! Depuis son arrivée au ministère, Dati avait toujours laissé entendre qu’elle préférait nettement la pénitentiaire à la magistrature ! Elle disait que les gardiens de prisons étaient des fonctionnaires selon son cœur, des gens de devoir qui se confrontaient à une réalité sociale toujours plus dure ! Et ce sont donc ses fonctionnaires préférés qui ont ramené la ministre à leur réalité !

MOF : Et la réalité, c’est que les gardiens de prison n’en peuvent plus !

C.A : Et c’est logique, presque mathématique! On a une société plus violente, des politiques plus répressives - les politiques de Nicolas Sarkozy et de Rachida Dati, justement ! Donc plus de gens en prison... donc toujours plus de pression sur les gardiens... Les syndicats de la pénitentiaire ont l’avantage du bon sens ; et du moment; la ministre ne peut pas se permettre un conflit sans fin. Voilà pourquoi Rachida Dati est revenue à son ministère hier soir... et voilà pourquoi elle a négocié... et voilà pourquoi elle a cédé... La politique est parfois un exercice rassurant de simplicité !