L'édito politique de Claude Askolovitch

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L'édito politique de Claude Askolovitch
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Deux ans au pouvoir : Le bilan (refusé) de Nicolas Sarkozy

Marc-Olivier Fogiel : L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch, cela fait deux ans aujourd’hui que Nicolas Sarkozy a été élu président de la République. Mais il ne veut surtout pas de bilan d’étape.
Et on le comprend parce que le bilan c’est une photographie à l’instant T et si on photographie aujourd’hui, on voit le mouvement des gardiens de prison ou le mouvement dans les universités qui menace une réforme fondamentale : celle de l’autonomie des facs.
Donc, le refus du bilan est un évitement tactique. Mais il a aussi une cohérence. Qui dit bilan dit pause, remise en cause, réajustement. Or, la conviction de Nicolas Sarkozy, et son principe d’action n’a pas changé. Il faut réformer et moderniser la France, il fallait le faire avant la crise, il faut le faire avec la crise, contre la crise et grâce à elle !
Donc Sarkozy joue la relance perpétuelle, l’ouverture de nouveaux chantiers même si quand les réformes engagées sont en difficulté. Hier, il a proposé un plan d’action européen, la semaine dernière, c’était le grand Paris, demain, ce sera la politique d’intégration...
Un tel rythme d’annonces est absolument inédit.
Marc-Olivier Fogiel : Donc, si on fait un bilan, Nicolas Sarkozy ne ressemble vraiment pas à ceux qui l’ont précédé !
Et il est différent même quand on a l’impression qu’il suit leurs traces. Sur l’Europe, ça pourrait être du classique. On arrive à l’Elysée, on veut changer la France mais c’est difficile, alors on passe à l’International. Mitterrand est devenu un grand européen en 1983, quand il a renoncé à sa construction du socialisme ! Sarkozy, lui, veut être le même en Europe et en France, dans la même théorie du conflit créateur et de la réforme obligatoire.
L’autre différence -et elle est fondamentale- c’est la gestion et la maîtrise du temps. Mitterrand et Chirac ont duré en gérant des défaites. Ils se ressourçaient dans l’inaction forcée ou du retrait souverain. Mitterrand devient le tonton de tous les français entre 1986 et 1988 sous la cohabitation, Chirac a été réélu parce que Jospin a pris les coups entre 1997 et 2002. Et, même quand ils avaient la main, Mitterrand comme Chirac rétrocédaient du pouvoir à Matignon. Pour Sarkozy, ça n’est même pas concevable.
Marc-Olivier Fogiel : Parce qu’il voudrait tout prendre et tout contrôler, comme le lui reproche l’opposition?
Le tempérament existe, mais plus encore que la génétique, vous avez une contrainte institutionnelle. On est en quinquennat, avec des législatives calquées sur la présidentielle. Donc la cohabitation est impossible, il y a la victoire ou la mort et même le jeu du Président avec son premier ministre est limité. Puisque de toute manière le référent est à l’Elysée...
Maintenant, Sarkozy pourrait faire un peu plus vivre ses ministres ou le Parlement, mais ce ne sont que des variables. Il voudrait aussi trouver un langage plus rassembleur, pour retrouver un optimisme partagé avec l’opinion mais il n’imagine pas se protégér en se retirant.
En réalité Sarkozy, qui aime le cyclisme, est dans la situation d’un échappé forcé à l’accélération permanente, avec un peloton qui l’a en point de mire. Ca ne lui déplait pas forcément, mais il s’est lui-même condamné au sprint à perpétuité.