L'édito politique de Claude Askolovitch

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L'édito politique de Claude Askolovitch
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Loi Hadopi : les artistes réagissent

Marc-Olivier Fogiel : L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch
Le PS a-t-il trahi la culture en refusant la loi Hadopi contre le téléchargement illégal ? C’est l’accusation que portent 5 artistes, emmenés par Juliette Greco, dans une lettre à Martine Aubry...

Claude Askolovitch : Et ce débat est en train de briser le PS, comme une tragédie familiale. Le véritable inventeur de la loi Hadopi, c’est un homme de gauche... le directeur du Nouvel Observateur Denis Olivennes... et sa loi est soutenue par Jack Lang... le ministre de la culture des années Mitterrand !

Mais Lang et Olivennes ont été accusés de sarkozysme rampant!

On ne pourra pas faire ce coup-là aux artistes!

Avec eux, on est au cœur de l’histoire même de la gauche. Juliette Greco, c’est le Saint-Germain-des-Prés existentialiste ; Le Forestier, c’est mai 68; Arditi, expliquait que le 10 mai 1981 la victoire de Mitterrand lui avait rendu son pays, Michel Piccoli a milité au mouvement de la Paix, proche du PC... Et le metteur en scène Bernard Murat... c’est lui qui a lancé la lettre... il a été à l’OCI, l’organisation trotskiste qui a formé Lionel Jospin.

Et c’est au nom de cette histoire qu’ils accusent le PS d’être devenu le complice du “capitalisme le plus débridé”, celui d’internet.

Marc-Olivier Fogiel : Mais ce que vous décrivez, c’est un voyage dans le passé !

Claude Askolovitch : Sans doute... Et on ironise sur le web sur l’âge des mécontents...

Mais c’est toute la question... Est-ce qu’on peut perdre son passé sans se perdre ?

Est-ce que la gauche doit balancer son histoire pour se réinventer dans la modernité ? Il y a dans cette histoire une véritable cruauté... et tout le vertige des socialistes qui n’arrivent pas à trouver leur place dans la mondialisation.

Ce que les artistes ne supportent pas... c’est que les députés socialistes qui réclament des règles pour les banques, pour la finance, pour les licenciements... inventent une exception culturelle à l’envers... pour internet, qui seul pourrait prospérer sans contrainte ! Ils ne comprennent pas, les artistes, que des socialistes acceptent l’idée que leur travail pourrait être téléchargé gratuitement, ou illégalement, donc volé.

Marc-Olivier Fogiel : Et pourquoi le PS a-t-il changé ?

Claude Askolovitch : Il y a évidemment une réticence à entrer dans une logique répressive contre des internautes, un refus de la sanction... qui existe d’autant plus à gauche qu’elle ne gouverne plus.

La droite a moins de problème, puisque la sanction fait partie de sa culture !

Il y a aussi une peur de perdre la jeunesse, la crainte de rater demain, l’ébullition créative qui se préparerait sur le web...

Mais au-delà, vous avez aussi une analyse très pessimiste... sur une mondialisation innarrêtable. Christian Paul... qui a mené la conversion du groupe socialiste à internet... souligne que Google... va offrir des centaines de milliers de titres de musique gratuitement aux internautes chinois ! Il est persuadé que la gratuité est la réalité... ... et qu’il faut donc organiser cette gratuité...

Nos chanteurs gauches, qui veulent qu’on paye leurs chansons, seraient donc les derniers témoins d’une exception française déjà balayée. C’est peut-être exact mais ça ne les rend certainement pas antipathiques !