L'édito politique - Claude Askolovitch

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L'édito politique - Claude Askolovitch
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Rachida Dati au tribunal ?

L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch…
Voilà que maintenant, les juges veulent envoyer Rachida Dati au tribunal ! Elle les aurait traités de sournois dans un diner et le principal syndicat de magistrats a menacé de porter plainte contre la ministre !

Et ça veut dire qu’il faut vraiment que cette histoire s’arrête...

Les juges sont devenus l’enfer de Mme Dati, et Mme Dati est le diable des magistrats...

Mais on est tout de même à la limite du ridicule.

Hier... la ministre de la justice, a du faire démentir officiellement des propos qu’elle aurait tenus dans un diner en ville! Il y a quelque chose de dérisoire dans cette histoire...

Mais ça révèle une ambiance... intenable. Il n’y a plus aucune relation depuis des mois entre les syndicats de magistrats et leur ministre... Chacun règle ses comptes.

La semaine dernière la garde des sceaux et le secrétaire général de l’union syndicale des magistrats se sont pratiquement traités de menteurs... dans le journal La Provence.

Maintenant, les juges veulent aller à l’Elysée... pour demander que Mme Dati se calme d’ici son départ.

Et ils ne demandent qu’une chose; que le prochain garde des sceaux... soit un ministre politique, un ministre qui ait de l’influence... Un ministre avec lequel ils pourront être en désaccord, ça arrive, mais avec qui le dialogue ne tournera pas à la guerre; simplement ce qu’ils appellent un ministre normal !

Donc Rachida Dati à la justice, c’est l’histoire d’un échec absolu ?

C’est une histoire de destruction mutuelle...

Mais maintenant il faut savoir la comprendre. Quand on parle de Dati... il y a tellement de lumière, on est aveuglé, on ne voit plus qu’elle... et on n’arrive pas à comprendre qu’il y a aussi de la politique...

Il y avait une ligne dans ce que faisait Mme Dati ; et cette ligne était celle du président de la république.... C’est une idée que la société est bloquée par un certain nombre de privilèges et de privilégiés, à l’intérieur même de l’état... ou des institutions. Et donc il faut les bousculer pour changer les choses. Ca a existé avant cette présidence... Claude Allègre, sous Jospin, avait des rapports terribles avec les profs de lycée...

Mais c’est un sentiment très fort chez Nicolas Sarkozy... Il n’aime pas les vieilles élites... les gens qui se sentent propriétaires de leur statut...

Donc, ce qui est arrivé aux juges... est arrivé à d’autres...

Les grands profs de fac... ou les grands professeurs de médecine... eux aussi, ont été bousculés ou provoqués, et eux aussi, ils ont fait la guerre...

Donc Rachida Dati remplissait sa mission en écœurant les juges ?

C’est allé plus loin que prévu. Parce que Mme Dati est un personnage qui fait tout dans l’excès... Et les juges, qui sont des gens assez mesurés, sont devenus aussi violents que leur ministre elle-même.

Ils ont été au bord de la révolte pure et simple - ça veut dire bloquer les tribunaux par exemple - et le Président a considéré que Rachida Dati était devenue un problème...

A l’arrivée, les juges ont gagné ; ce sont eux qui ont fait partir leur ministre. Et quand il y aura un nouveau ministre, on saura... si la République peut revenir à ses vieilles habitudes, ou si Mme Dati aura été la plus inattendue des révolutionnaires !