L'édito politique - Claude Askolovitch

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L'édito politique - Claude Askolovitch
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Européennes 2009 : le revirement socialiste.

Marc-Olivier Fogiel : Bonjour Claude Askolovitch. Fini le vote sanction contre Nicolas Sarkozy, le PS appelle à voter utile (donc socialiste) aux européennes... Pourquoi ce changement, Claude ?
Parce les socialistes ont peur tout simplement. Et ils ont raison d’avoir peur ! Le vote utile, c’est un argument de forteresse assiégée. Le PS sent que les électeurs sont en train de l’oublier et il se demande s’il va échapper à la catastrophe électorale. Vous avez une règle assez simple aux européennes : le score réel final des grands partis est souvent inférieur au sondage des débuts de campagne. Là, le PS commence à 21% donc il est déjà bas, et ensuite, on ne connaît pas la soustraction...
En ce moment, Benoit Hamon, la nouvelle star socialiste, n’est pas du tout sûr de retrouver son siège européen, donc le vote utile, c’est un chantage au peuple de gauche : si vous nous laissez tomber, vous vous faites du mal, puisque nous sommes les seuls à pouvoir affronter la droite.
On a un retour à la réalité. Les socialistes ont fait comme s’ils étaient la seule opposition donc ils ciblaient Sarkozy. En réalité ils doivent mener campagne contre leurs concurrents à gauche et au centre !
Marc-Olivier Fogiel : Le PS avait oublié qu’il n’était pas seul ?
Ils l’oublient régulièrement parce qu’ils s’intéressent tellement à eux-mêmes qu’ils ont du mal à lever la tête. Et puis c’est une réalité très douloureuse : ce n’est pas facile d’admettre qu’on ne provoque pas le désir. Les socialistes sont les champions des élections locales, ils ont une armée de grands élus qui tiennent le territoire, mais la marque socialiste est devenue floue. On a du mal à trouver des raisons positives de voter PS. Et c’est d’autant plus fort dans une élection comme l’élection européenne, où on a le choix !
Les concurrents des socialistes ont tous des identités plus fortes : Besancenot est vraiment rouge, Mélenchon réveille une gauche qui reviendrait à ses valeurs, Cohn-Bendit est plus européen (et il est écologiste alors qu’on n’entend plus le PS sur cette question), et il y a le terrible François Bayrou, qui brouille les cartes. Bayrou qui va sur le terrain de la gauche et de la morale, et qui est surtout en train de priver les socialistes de leur dernier argument : ils ne sont plus les seuls à pouvoir combattre Nicolas Sarkozy.
Marc-Olivier Fogiel : Si les élections européennes tournent mal pour le PS, Martine Aubry risque de tomber ?

Tout le monde y pense et certains le souhaitent. Martine Aubry est en train de renforcer ses défenses. Hier elle a expliqué que Delanoe était quelqu’un de bien, parce que lui n’avait jamais dit du mal de son parti. Ca aussi, c’est un discours de forteresse assiégée : on prépare le procès des traîtres qui seront responsables de la défaite.
Il y a un côté amusant dans cette histoire. Le PS et Aubry ont un supporter, mais il ne peut pas le dire. Il s’appelle Nicolas Sarkozy. Le président veut que l’UMP sorte en tête du scrutin mais il ne veut pas que le PS soit trop mal. Il préfère avoir les socialistes comme adversaires que Bayrou. Régulièrement, Nicolas Sarkozy explique que le PS est un grand parti, ça tient de la conviction, mais aussi du souhait personnel et le vote PS est aussi un vote utile pour l’Elysée.