L'édito politique - Claude Askolovitch

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L'édito politique - Claude Askolovitch
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La loi Bachelot en arrêt maladie

Marc-Olivier Fogiel : Bonjour Claude Askolovitch, la réforme de l’hôpital est malade. Hier, Roselyne Bachelot était au sénat, pour défendre un projet qui a déjà été complètement transformé !

On est dans une séquence qui devient un classique : le passage de la rupture à la reculade dans la confusion absolue et sous la pression des manifestations. Avec l’hôpital, on a atteint des sommets de contretemps.
Le texte de Mme bachelot a été voté à l’assemblée, il est débattu au Sénat et c’est donc au milieu du temps législatif, que le gouvernement a changé son projet.
On était parti pour donner tous les pouvoirs aux directeurs d’hôpitaux, contre les médecins. Mais lundi, un grand médecin, le docteur Marescaux, a remis à l’Elysée un rapport qui expliquait, au contraire, que les médecins devaient avoir le pouvoir dans l’hôpital et le président a donné raison à ce professeur ! Donc on est en train de changer le projet de loi à chaud au milieu du débat.
Les sénateurs sont furieux, les députés ont travaillé pour rien et pourtant le gouvernement explique toujours qu’il faut adopter son texte en urgence !

Marc-Olivier Fogiel : Mais c’est raisonnable de changer un texte quand il y a du mécontentement ?

Sans doute, mais il aurait été encore plus raisonnable d’écouter les médecins avant, quand on fabriquait le projet de loi ! Tout se fait à l’envers dans cette histoire. Nicolas Sarkozy est allé hier à Nancy, dans un hôpital, il dit qu’il a trouvé maintenant un bon équilibre ! Mais l’équilibre, on pouvait le trouver avant ! Avant l’immense manifestation des médecins, avant tout ce gâchis politique et humain.
Les médecins en veulent au pouvoir de les avoir maltraités, ils ont été traités en mandarins d’un autre âge, comme s’ils étaient responsables, eux, des déficits des hôpitaux ! Et ils ne respectent pas le pouvoir, puisqu’ils ont gagné et ils manifestent encore demain !
Et le pire, c’est qu’on ne comprend même plus pourquoi tout a commencé. Pourquoi fallait-il réformer maintenant, tout de suite, les hôpitaux ? L’idée même d’un équilibre financier des hôpitaux est-elle une bonne idée? Est-ce qu’ils ne faut pas, au contraire, admettre que la santé a un coût...

Marc-Olivier Fogiel : Selon vous, les médecins rejetaient une réforme libérale ?

L’idée que la médecine et la santé sont des valeurs supérieures aux équilibres budgétaires, ça compte. Mais le texte de Mme Bachelot n’est pas une réforme libérale ! En réalité, il y a eu une espèce de principe d’autorité qui est très français, le mauvais côté de la République. On est dans un pays où le pouvoir, l’administration, les politiques n’ont pas confiance dans les citoyens...
On a imaginé un état très fort qui donnerait son pouvoir à des patrons d’hôpitaux très forts contre des médecins, forcément irresponsables.
On était en plein dans l’arrogance traditionnelle de l’administration française, et c’est un vrai problème. La promesse qui a été faite par Nicolas Sarkozy il y a deux ans c’était de libérer les forces de la France, de décloisonner la société et de rendre la confiance à un pays. En ce moment on est dans la société de refus généralisé.