L'édito politique - Claude Askolovitch

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L'édito politique - Claude Askolovitch
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La chasse au Lefebvre

Marc-Olivier Fogiel : L’édito politique d’Europe 1, bonjour Claude Askolovitch…
Frédéric Lefebvre fait peur au PS ! Le mouvement des jeunes socialistes va créer une cellule de crise, pour “riposter” au porte parole de l’UMP et “révéler sa vraie nature”…

Claude Askolovitch : Et quelle bataille en perspective... entre le si méchant député Frédéric Lefebvre... l’homme qui s’interroge avec une fausse tristesse inimitable sur la santé de Ségolène Royal qui aurait, dit-il, besoin d’une aide psychologique... et des jeunes socialistes bien élevés qui ne supportent plus ce malotru...

Comme si jamais aucun leader du PS n’avait ironisé, à voix haute ou à voix basse... sur l’équilibre mental de l’ex-candidate!

Cette chasse au Lefebvre lancée par le PS est bien plus qu’une anecdote: c’est un révélateur de l’époque, quand le débat politique se réduit aux mots.

L’opposition a décidé de consacrer du temps et de l’énergie à détruire un homme qui n’est pas ministre, qui n’est pas idéologue, qui n’est pas un fabriquant de réforme... mais un simple producteur de polémiques !

Lefebvre est une nouvelle star de la politique, mais simplement par son verbe, parce qu’il est, pour nous, les medias, un bon client ! L’homme qui débite au kilomètre des méchancetés sur les adversaires du pouvoir !

Marc-Olivier Fogiel : Pour vous, Frédéric Lefebvre n’est qu’un reflet du vide médiatique ?

Claude Askolovitch : Lefebvre est un homme très intelligent, passionné de communication, mais il a choisi un rôle: il a réinventé un genre, le méchant en politique. Il dit les pires horreurs d’une voix toujours posée, l’air un peu désolé.

Et il va toujours un peu plus loin pour attirer la lumière et attiser le feu: c’est risqué et parfois indigne... par exemple quand il compare Elie Domota le syndicaliste de Guadeloupe, aux tontons macoutes haïtiens.

Mais Lefebvre théorise le besoin de violence, pour intimider les ennemis du Président.

Car l’autre clé du personnage, c’est qu’il est sarkozyste; c’est même un des seuls vrais sarkozystes de l’assemblée nationale... sa dureté s’explique par sa rareté. Il travaille tout seul, sans contrôle, dans une fidélité quasi instinctive...Les communiqués de l’UMP sont souvent fabriqués dans l’instant sur son téléphone portable !

De ce point de vue, Lefebvre est un corsaire de la politique, un pirate de la droite aux cheveux longs, qui a ses lettres de course et chasse tout seul, pour lui, et pour le roi.

Marc-Olivier Fogiel : Et le PS va être capable de couler le corsaire Lefebvre ?

Claude Askolovitch : Le PS va perdre beaucoup de temps et d’énergie à gérer une escalade verbale.

Monter une cellule de crise pour dénoncer un polémiste...

C’est une réponse d’apparatchiks en herbes ça révèle le manque de verve des apprentis éléphants, et le fait qu’ils fondent l’esprit de sérieux avec le jugement politique.

Plus Lefebvre est vilipendé, plus il existe, plus il existe, plus il capte le débat, plus il capte le débat, plus il distrait l’opposition et l’opinion...

Au fond les socialistes pensent tellement de mal du sarkozysme, qu’ils voient dans les outrances d’un député trop malin la quintessence du régime... Ils vont s’enferrer dans la surenchère, et le corsaire Lefebvre se sacrifie et les emmène dans son piège !