L'édito politique - Claude Askolovitch

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L'édito politique - Claude Askolovitch
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La fin du secret bancaire ?

Marc-Olivier Fogiel : L’édito politique d’Europe1, bonjour Claude Askolovitch

Claude Askolovitch : Bonjour!

Marc-Olivier Fogiel : Pendant la campagne électorale, l’Europe travaille! Le Parlement européen vient d’adopter un texte qui peut en finir avec le secret bancaire en Europe! Et c’est un eurodéputé français qui a porté ce projet...

Claude Askolovitch : Et c’est même une petite vedette de la politique française, il s’agit de Benoit Hamon, le porte-parole du PS...

Et son texte va au-delà du simple secret bancaire... Il a fait adopter par les eurodéputés une liste de paradis fiscaux bien plus large et plus concrète que celle adoptée au G20: elle comprend, par exemple, deux états américains, le Delaware et le Nevada!

On a donc un vrai texte de rupture!... Et en Suisse, en Autriche, en Belgique et au Luxembourg, on a découvert ce terrible monsieur Hamon...

Mais en France, l’Europe passe tellement inaperçue... que personne n’en a parlé... même pas samedi, au meeting des socialistes à Toulouse...

Et Hamon a du écrire lui-même une tribune dans les Echos, hier... pour qu’on s’intéresse à son travail!

Marc-Olivier Fogiel : Pourquoi une telle indifférence selon vous?

Claude Askolovitch : Parce qu’on ne sait plus traiter le travail d’un Parlement, en dehors des incidents de séance. Nous, les medias, privilégions le spectaculaire... mais les politiques eux-mêmes ont du mal à montrer autre chose que leurs muscles verbaux!

Hamon, on le connaît en France comme un provocateur de la gauche du PS. Un homme qui veut ressourcer et réidentifier son camp et qui peut jouer sur un côté clivant, voire sectaire...

Mais au Parlement européen, il a été un stratège de couloir et de commission, il a négocié pour être chargé de ce rapport sur la fiscalité... et il a fait en sorte d’obtenir un soutien à droite comme à gauche. Il ne l’a pas fait seulement gentiment, il a fait valoir à ses honorables collègues qu’ils devaient être au niveau de la crise, il les a même menacés d’alerter l’opinion publique sur leurs mollesses... Mais il a eu un soutien droite/gauche, et seul le résultat compte!

Marc-Olivier Fogiel : Et maintenant, le secret bancaire va être aboli?

Claude Askolovitch : On n’y est pas encore. Et c’est toute la complexité de l’Europe. Le Parlement européen produit une législation qui remodèle la nôtre! Mais sur la fiscalité, le dernier mot appartient au Conseil européen, donc aux Etats. Clairement, le texte voté vendredi a une force symbolique, il s’impose dans le débat, il ne le clôt pas...

Ce qui est intéressant... c’est que Hamon... qui est un opposant farouche à Nicolas Sarkozy, a mené, comme eurodéputé, un combat parallèle à celui du Président français au G20... Même dans les méthodes, il y a une parenté: un mélange de négociation et de rapport de force, à partir d’une position minoritaire.

Il y a donc une position française sur les paradis fiscaux, et un style français sur la moralisation de la finance. Et ça serait presque logique de voir Sarkozy se servir du texte de Hamon, quand le sujet reviendra au niveau des gouvernements. Ca ne ressemblerait pas aux débats en noir et blanc qu’on nous sert en France... Mais ça serait