Dans quel monde on vit ? - Pierre-Marie Christin

  • A
  • A
Dans quel monde on vit ? - Pierre-Marie Christin
Partagez sur :

José Manuel Barroso peut-il être réélu président de la Commission ?

Mieux comprendre le monde qui nous entoure. Ne pas se contenter juste des faits. Ce matin, c’est un peu le deuxième tour des élections européennes. Les 27 doivent désigner le prochain président de la Commission et les vaincus veulent barrer la route à José Manuel Barroso. Dans quel monde on vit Pierre-Marie Christin ?

Oui c’est le moment de gloire de l’inconnu plus célèbre d’Europe. Vous le savez, on le voit toujours sur les photos lors des réunions de chefs d’état mais c’est celui dont on ne connaît pas le nom. Et bien c’est lui, c’est Barroso. On ne le connaît pas et pourtant quelle carrière ! Il vient quand même de l’Extrême Gauche maoïste pour arriver aujourd’hui au Centre Droit, très à droite. Il était premier ministre du Portugal quand il a été élu président de la Commission. En fait on ne trouvait personne. Chaque pays récusait le candidat du voisin. Alors il y avait lui et il a été par défaut parce qu’il ne gênait personne et depuis il s’est appliqué à continuer à se faire oublier. Chargé en principe de prendre des initiatives pour l’Union, personne ne l’a entendu lors de la hausse du pétrole pendant la crise financière, par contre il a un très grand talent pour approuver. N’ayant rien fait il a trouvé très bien l’action de la France dans la crise géorgienne ou l’adoption expresse d’un titre de Lisbonne vaguement relifté, pas par lui.

Mais Pierre-Marie, avec un bilan disons aussi léger, comment se fait-il qu’il soit soutenu par les gouvernements des grands pays et même d’ailleurs par certains socialistes ?

Et bien justement grâce à ce bilan parce que qu’est-ce qu’ils veulent les grands états ? Ils veulent garder le contrôle et avec lui ils sont tranquilles, l’Europe continuera d’être une addition d’intérêts nationaux à Bruxelles. On appelle Juan Manuel Barroso le secrétaire du directoire. Le directoire bien sûr c’est l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie et les plus méchants soulignent ses élégances courbées de majordome de polyglotte. Son autre atout bien sût c’est qu’il est de droite et que la droite a gagné.

Donc il a toutes ses chances quoi…

Oui sur le papier mais son empressement agace un peu quand même, surtout à Paris, qui préfèrerait attendre que le traité de Lisbonne soit vraiment adopté. Ne serait-ce que pour ne pas vexer les Irlandais qui votent en octobre. On pourra d’ailleurs à ce moment-là nommer aussi un nouveau président permanent du Conseil et un représentant pour les Affaires étrangères, ce qui permettra à M. Barroso d’être encore plus transparent. Mais Lisbonne prévoit aussi qu’il devra être approuvé par une majorité absolue du Parlement, aujourd’hui c’est une majorité relative alors ça donne de l’espoir à Daniel Cohn-Bendit, vous en parliez tout à l’heure, qui rêve d’une coalition anti-Barroso qui irait du Centre jusqu’à la Gauche.

Mais concrètement, ils lui reprochent quoi ?

Et bien tout d’abord, son ultralibéralisme, ce qui n’est pas faux amis aucun autre président ne ferait vraiment mieux parce que c’est l’Europe qui par définition est libérale c’est gravé dans le marbre des traités. C’est même le marché le plus ouvert du monde. Ca ne changera donc rien. Le vrai enjeu en fait, c’est de savoir si le Parlement est capable de s’émanciper, si les députés français, allemands, grecques votent comme leur gouvernement ou comme des Européens. Il y a peu de chance, d’autant plus que M. Barroso est en campagne et comme dit un député polonais : "On ne peut pas lui en vouloir à cet homme-là. Quand il parle à un libéral, il est libéral. Quand il parle à un socialiste, il est socialiste". D’ailleurs il avait défendu les OGM, maintenant il se découvre Vert comme par hasard. Comme dit un autre député polonais : "Son programme est absolument illisible. On y trouve ce qu’on veut et d’ailleurs on ne trouve personne à lui opposer".

Phrase du Jour :
"Ne craignez pas de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait" Clémenceau